Plan d'Aups :Le projet de Forêt modèle va-t-il vraiment protéger la Sainte-Baume ?
Après le projet d'un Parc naturel régional (PNR) resté lettre morte durant des années, c'est désormais le concept de Forêt modèle qui prévaut (voir encadré). Au nom du pragmatisme et d'une certaine réalpolitique écologique.
Pression immobilière et affluence touristique font planer une menace grandissante sur le patrimoine sensible de la Sainte-Baume. Et le conseil régional de voler à son secours, l'an dernier, en proposant cette démarche, calquée sur un procédé canadien.
« Convaincre les maires »
Mais les 45 000 ha et 70 000 habitants du massif ne sont en rien comparables aux grandes étendues désertes et rurales d'Amérique.
Reste donc à définir ce que sera la Forêt modèle à la sauce provençale. Un comité de pilotage a été créé en ce sens. Pour faire de la Sainte-Baume une vitrine du développement durable, dans un espace Euroméditerranéen. Le tout, sans s'égarer dans les méandres administratifs et financiers qu'implique la création d'un parc naturel.
En charge du dossier, la vice-présidente du conseil régional déléguée à l'agriculture, la mer et la forêt, Nicette Aubert, explique ainsi que « la Forêt modèle tend à mettre en avant le patrimoine naturel, dans une structure peu contraignante et non coercitive. Il faut d'abord convaincre les maires (...) puis dans un second temps, que la candidature soit acceptée auprès du Réseau international des forêts modèles. (RIFM) ». Échéance envisagée, à l'horizon 2010. Si la région PACA adhère désormais au réseau, « aucune demande formelle concernant la Sainte Baume n'a encore été reçue », selon Christa Mooney, du secrétariat du RIFM d'Ottawa.
Tout reste à faire
Au Plan-d'Aups pourtant, le maire Vincent Martinez, se félicite déjà de ce label non encore obtenu. Et pour cause, « la Forêt modèle permettra de réunir autour d'une même table tous les acteurs, maires et associations, concernés par le massif. » Une prérogative qui lui est pourtant dévolue depuis 2003, en tant que président de l'association de préfiguration du PNR.
Mais depuis 2006, lorsque des dissensions internes sont apparues au grand jour, l'organisme est tombé en désuétude. Au grand dam de certains. Pour le plus grand bonheur de quelques autres. Car un PNR ne ferait que mettre des bâtons dans les roues du développement urbain et économique de communes aujourd'hui florissantes. Le maire du Plan-d'Aups en convient d'ailleurs volontiers. Du pain béni donc, que de voir apparaître un concept flou de Forêt modèle, comme label au développement durable. Mais dénué de contraintes formelles. Seul l'établissement de principes directeurs et d'objectifs, comme « l'exploitation de la filière bois », viendront guider la démarche.
L'arbre qui cache la forêt
Si la Forêt modèle s'avère ainsi louable dans son principe et ses fondements, la souplesse de sa réalisation en fait un processus plus qu'une structure de gestion. C'est la principale crainte des associations concernées.
« Le concept n'est pas incompatible avec la création d'un PNR » affirme Nicette Aubert. D'autres ne sont pas de cet avis et craignent que l'adoption du premier n'éclipse à jamais le second. C'est l'avis de Suzanne Arnaud, maire de Riboux et éternelle engagée. Michel Legrave, son chargé de mission, évoque sans détours le problème de fond : « Avec son développement actuel, une commune comme Plan-d'Aups ne pourrait en aucun cas adhérer à un PNR » Les pourfendeurs du projet vont encore plus loin dans cette logique. L'association « Objectif PNR », récemment créée, va jusqu'à dénoncer le principe de la Forêt modèle. Un « trompe l'oeil » basé sur des déclarations d'intention et qui ne constituera en rien un traitement de fond aux dangers actuels qui menacent la Sainte-Baume. Pire, son président Pascal Rainette, craint qu'il « n'ouvre la voie à toutes les réalisations urbaines, sous couvert d'un label vert ! »
Etienne Charles - Var Matin (15/01/2009)