Occitanies Patrimoine - exposition Bernard Buffet à Marseille
 
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Patrimoine

Expositions

Bernard BUFFET

Du 12/03 au 07/06/2009 - MARSEILLE (Vieille Charité)


 
 
 

Sites web

http://museebernardbuffet.com/site.html

http://www.canalacademie.com
http://www.fralo.info/bb01.html
Bernard Buffet et l'après-guerre

 

 

"La peinture, on n'en parle pas,
on ne l'analyse pas, on la sent." Bernard Buffet

Plan

Exposition marseillaise
La collection privée de Maurice Garnier
Le livre de sa vie

 
         
 

Bibliographie

Bernard Buffet. Le Samouraï de Jean-Claude Lamy Albin Michel, 362p., 22€.
Bernard Buffet et la Provence
par Henry Perrier - Palantines - 42 €
 Bernard Buffet , le peintre crucifié par Stéphane Laurent - Michalon - 21 €
 Bernard Buffet , secrets d'atelier par Annabel Buffet- Flammarion - 39 €

   
                 
affiche expo

 

 

Lieu : Centre de la Vieille Charité
2 , rue de la Vieille Charité
13002 Marseille

Horaires : du mardi au dimanche de 10h à 17h età partir du 1er juin de 11h à 18h. Fermé le lundi et les jours fériés

Renseignements et réservations :
Allô Mairie 0810 813 813

Tarif : plein tarif 4€

Visites commentées publiques : renseignements 04 91 14 58 52

Catalogue : Bernard Buffet, Indigènes éditions, 136
pages, 14 photos noir et blanc, 62
illustrations couleur, prix 29€

10ème anniversaire de la mort de Bernard Buffet

À l'occasion du dixième anniversaire de la mort de Bernard Buffet, une soixantaine d’oeuvres de l’artiste seront présentées à la Vieille Charité.
Ces tableaux, pour la plupart inconnus du public, font partie de collections personnelles.
On découvrira que, bien au-delà des années cinquante, les décennies suivantes recèlent des oeuvres de très grande qualité. Sa production qui parfois relève de la bande dessinée, quinze ou vingt ans avant la Figuration libre, ou du Pop Art, ou encore des Mangas Hantai japonais bien avant que ceux-ci ne soient publiés en France, révèle en Bernard Buffet un artiste précurseur en bien des domaines.
Depuis quelques années le regard porté sur son oeuvre change. Celui qui était consacré par les spécialistes, après la deuxième guerre mondiale, comme le meilleur artiste avec Picasso, opère son retour sur la scène artistique internationale, confortant ainsi le jugement d’Andy Warhol, qui l’a toujours considéré comme le meilleur peintre français vivant de son époque !

L'exposition à la Vieille Charité

L’exposition à la Vieille Charité s’ouvre avec un tableau de 1977 intitulé Le Grand Jeu II, une vanité, une référence au « souviens-toi que tu vas mourir ».
Elle se termine par L’Horreur de la guerre, l’inclassable triptyque de 1954, un chefd’oeuvre qui capte les résonances et la vérité de son siècle, mais qui bouscule aussi les convenances esthétiques de son époque, une oeuvre de la force de Guernica et proche aussi de l’humanité déchirée d’un Goya.
Devant ce triptyque stupéfiant et même hallucinant, rappelons que Bernard Buffet fut membre du comité soutenant, en pleine guerre d’Algérie, l’action de l’anarchiste Louis Lecoin en faveur d’un statut pour les objecteurs de conscience.
Il fait partie des peintres qui offrent un tableau dans le cadre d’une loterie populaire destinée à financer le journal Liberté de ce même Decoin.
Avec Camus, Cocteau, Giono, l’abbé Pierre, il cosigne la lettre adressée en août 1958 au général de Gaulle, président du Conseil, réclamant la libération de tous les objecteurs de conscience emprisonnés.

Rilke dans ses Lettres à un jeune poète pose la question à l’aune de laquelle se mesure la sincérité de toute vocation : « Pourriez-vous en mourir, d’être empêché d’écrire ? » Le peintre s’était confié à Maurice Garnier : il mettrait fin à ses jours dès qu’il ne pourrait plus peindre.
Et lorsque cet état d’émerveillement qui fait que l’élan de peindre ne peut plus être au rendez-vous, alors Bernard Buffet pose définitivement ses pinceaux et se suicide.
Ce 4 octobre 1999, Bernard Buffet, le peintre le plus désenchanté, le plus atrocement lucide et finalement le plus libre de son temps, fera basculer son nom dans la légende.
Il aura partagé avec des écrivains, poètes et philosophes de son époque cette idée que la gravité existentielle doit accompagner l’acte créateur.


D'après HENRY PERIER.
Pékin, 24 novembre 2008

 

La collection de Maurice Garnier (1950-1999)

Dix ans après la mort de l'artiste, Marseille rend hommage à Bernard Buffet en exposant 62 de ses œuvres à La Vieille Charité. Signe de reconnaissance pour un artiste méconnu que le public va pouvoir (re) découvrir à travers la collection privée d'un homme, Maurice Garnier, grand collectionneur et soutien de l'artiste de 1950 jusqu'à la mort de Buffet en 1999.

L'exposition Bernard Buffet, qui a ouvert ses portes au public le vendredi 13 mars, offre aux Marseillais de découvrir une soixantaine d'œuvres peu connues de ce grand peintre, qui fut considéré à la sortie de la dernière guerre comme l'un des meilleurs peintres de son époque avec Pablo Picasso.­­

Cette exposition est aussi l'histoire d'une rencontre entre une ville passionnée d'arts, Marseille, et celui qui fut le marchand attitré de Bernard Buffet de 1950 jusqu'à la mort de l'artiste.
Pour la première fois, ce passionné a accepté de partager la richesse de sa collection avec le public français en prêtant une partie de cette somptueuse collection au musée d'une grande ville de l'hexagone.
L'exposition marseillaise s'inscrit ainsi dans la lignée de celles organisées à Francfort l'an dernier ou encore aux Pays-Bas il y a trois ans.
Dense, riche et variée, l'oeuvre de Bernard Buffet est celle d'un artiste étrange mais populaire.
"Son oeuvre importante est encore largement ignorée. Il est connu et méconnu à la fois", affirme encore Maurice Garnier.
Henry Périer, le commissaire de l'exposition, a donc volontairement joué de la saturation dont est empreinte l'oeuvre de Buffet pour une mise en valeur de la trajectoire tragique contenue dans nombre des tableaux exposés.

Des autoportraits de l'artiste au triptyque sur la guerre, nul compromis. L'oeuvre peut par moment choquer par les thèmes sous-jacent qu'elle véhicule: la mort, le sexe, les corps décharnés...
Marseille mise sur la reconnaissance de ce grand artiste contemporain. Cet évènement est une illustration du dynamisme des musées de Marseille, en perspective de Marseille Capitale culturelle en 2013.

Le livre de sa vie

Malraux ne l'aimait pas. Giono, Aragon, Cocteau, Druon, Simenon l'admiraient. Une belle biographie qui suit à la trace ce peintre majeur du XXe siècle.

«Bernard Buffet froid », disait Dali. Buffet fut l'un des peintres français les plus célèbres du XXe siècle, avec Picasso et Matisse. Mais aussi, ce qui n'est pas incompatible, le plus décrié et le plus haï. En tout cas, l'un des plus populaires, dont les toiles se sont vendues dans le monde entier : à vingt-huit ans, l'artiste roulait en Rolls.

Est-il un génie, comme l'ont pensé, non seulement des collectionneurs, des critiques, mais de nombreux peintres contemporains, parmi lesquels Andy Warhol ou Francis Bacon ? Ou n'est-il qu'un artisan supérieurement doué, reproduisant à l'infini jusqu'à en paraître mécanique ou caricatural, les mêmes traits noirs sur un fond blême ? Malraux ne l'aimait pas. Mme Claude Pompidou non plus et le Centre Pompidou ne l'a jamais exposé… Giono, Aragon, Cocteau, Druon, Simenon l'admiraient. Enfant gâté de la peinture, au succès trop précoce Prix de la critique à dix-neuf ans et à la cote faramineuse, il fut porté aux nues. Mais en même temps maudit, incompris et mal-aimé.
Perfectionniste du dessin et des couleurs il aura passé les trois quarts de sa vie à travailler comme un bagnard, dès l'âge de quinze ans, dans sa chambre d'étudiant pauvre, aux Batignolles d'abord, puis dans les ateliers des demeures de plus en plus fastueuses où il aura habité de Manosque à la Bretagne, en passant par sa propriété de La Baume où il mourra, près de Tourtour, dans le Var. C'est aussi un héros de roman, au tempérament secret et agressif, d'une hypersensibilité maladive, voué au malheur et à la tragédie. Un des derniers romantiques : un loup à la Vigny.

D'une enfance blessée, marquée par l'absence du père et la mort prématurée d'une mère Blanche, l'adorée qui le laisse orphelin pour la vie, Buffet tient sans doute sa tristesse profonde. Traumatisme jamais guéri. L'Occupation, la découverte des horreurs de la guerre titre d'un de ses chefs-d'œuvre et thème récurrent de sa peinture marquent aussi l'adolescent. Buffet semble porter sur ses épaules, tel un pessimiste Atlas, toutes les misères du monde. Le mal hante ses tableaux. Le désespoir les habite. De ses personnages maigres, réduits au squelette, aucun ne sourit jamais. Même ses clowns pleurent. Ses villes, ses jardins, ses maisons, ses fleurs les plus colorées sont tristes et la fleur qu'il préfère est l'épineux chardon. Toujours ce noir de nuit profonde, ce noir de deuil ou de cauchemar des enfers de Buffet. Poésie et violence. Éclat tranchant des traits durs qui strient la toile.

Tel un samouraï

Le beau livre de Jean-Claude Lamy éclaire d'une lumière captivante cette énigme. À travers sources et témoignages, il parvient à «décrypter» un artiste mystérieux et solitaire. Ce taiseux du Nord, comme il l'appelle, en référence à ses origines familiales, ne se confiait pas volontiers. C'est vraiment un loup qu'on suit à la trace, un loup efflanqué et sauvage, isolé de la meute : un éternel inapprivoisé. Le biographe ne se contente pas de raconter la vie de Buffet, accumulant faits, dates ou anecdotes jusqu'au vertige, il peint à sa manière le contexte artistique et culturel : la toile de fond contemporaine sur laquelle s'inscrit l'art de Buffet. Des portraits, précis et souvent émouvants, accompagnent le lecteur tout au long de ces pages fiévreuses, à l'image du destin traité : parmi des contemporains innombrables, pour la plupart illustres (Sagan, Bardot…), le frère aîné, Claude Buffet, marchand de livres anciens rue Saint-Sulpice, avec sa femme et leur fille Blanche que Bernard aurait voulu adopter ; le galeriste Maurice Garnier, au dévouement inusable, à la foi inaltérable en l'art de son protégé ;
mais évidemment, surtout, Pierre Bergé, rencontré à vingt ans, avec lequel Buffet forma un véritable couple pendant huit années de passion réciproque. De 1950, date de leur coup de foudre, à 1958, année glorieuse qui vit le triomphe de deux génies la première rétrospective de Buffet à trente ans à peine (cent tableaux accrochés à la galerie Charpentier, rue du Faubourg-Saint-Honoré) et la première collection d'Yves Saint Laurent pour Dior, à laquelle assistèrent ensemble les deux hommes. Buffet sans Bergé comme Saint Laurent sans Bergé aurait-il été Buffet ? C'est encore une des questions à laquelle Jean-Claude Lamy tente de répondre, citant Pierre Bergé abondamment pour le meilleur et pour le pire. Très aimé au Japon où il a son musée au pied du mont Fuji et où ses cendres furent dispersées, Buffet campe en samouraï dans cette magistrale biographie. Soldat de la vie, homme libre et volontaire jusqu'à choisir lui-même le jour et l'heure de sa mort.

Dominique Bona
20/03/2008 - Le Figaro


 
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