Occitanies - fêtes et festivals - la fête des tripettes de Barjols
 
   Le voyage à pied       Le voyage à vélo       Voyager avec un âne         Raquettes à neige         Service guide        Départs 2010       Portofolio
 


accueil

le gite de Rians

voyage à vélo

voyage à pied

calendrier

Nous contacter

 
     
 

Patrimoine

Fêtes et Festivals

La fête de la Saint-Marcel à Barjols : les tripettes

Les 17 et 18/01/09 - Barjols


 
 
 

Sites web

http://membres.lycos.fr/coeurdeprovence

Phonothèque (danse des Tripettes)
extrait journal TF1
un sacrifice bovin à Barjols ? (CAIRN)
Présentation du diocèse de Fréjus

 

 

La fête de la Saint Marcel a pour but de commémorer l’arrivée dans le village des reliques du St protecteur de la cité.
Saint Marcel fut au Vème siècle évêque de Die (Drôme). Après sa mort, son corps fut conservé au monastère de Saint Maurice, entre Aups et Barjols.
Une nuit de janvier 1350, il apparut au moine qui gardait ses reliques et réclama leur transfert sans préciser l'endroit qu'il souhaitait comme nouvelle résidence. Prétendant les uns et les autres avoir percé la volonté du saint, les habitants d'Aups et ceux de Barjols revendiquèrent sa dépouille et firent main basse dessus et les ramenèrent triomphalement chez eux.
Cela se passait un 17 janvier, jour où Barjols, traditionnellement, sacrifiait un bœuf gras pour commémorer une ancienne famine heureusement enrayée par l'arrivée d'un bœuf providentiel. Les tripes fumantes de l'animal, recueillies dans des corbeilles, étaient distribuées, parmi les chants et les danses, à toute la population du village.

Plan

Barjols
La fête des tripettes
Le rôle du fifre dans la fête
Le sacrifice bovin

 
         
 

Bibliographie

Des sauts et des tripettes pour Saint-Marcel
auteur : Danièle DOSSETTO
Editeur : Centre alpin et rhodanien d'ethnologie (Grenoble) - date de parution : 2000 - prix : 20€
lire en format PDF
La curieuse et brillante fête des tripettes de Saint-Marcel à Barjols (Var), Dermenghen Émile, 1940, Sciences et voyages, no 57

   
                 

photo de Frédéric Brouard
 

Programme

Samedi 17 :

- 8h : Aubade aux Autorités
- 14h30 : Prise de l'épée du commandement et du drapeau
- Bénédiction du boeuf
- 18h : Complies traditionnelles suivies de la danse des tripettes (farandole - feu de joie)
- 22h : Grand bal disco - salle des fêtes

Dimanche 18 :

- 8h : rappel Fifres et tambours
- 9h : grand messe solennelle suivie de la danse des Tripettes, procession, mise en bouche du boeuf
- 14h : grande fête provençale
- 16h30 : vêpres solennelles à l'Eglise
- 17h30 : grand loto (salle des fêtes)
- 21h30 : grand bal musette

Barjols

A 21 Km de St Maximin, Barjols est un bourg de 2500 habitants agrippé au flanc d’une falaise calcaire. Le nom de Barjols apparaît pour la première fois dans les textes en 1021. La Provence s’est libérée peu à peu des Sarrasins. On assiste alors à une expansion démographique et au développement des échanges. Pour répondre aux besoins spirituels des groupes humains l’église crée ou restaure des Collégiales. C’est l’évêque d’Arles, Rimbaud, qui est à l’origine de la fondation du chapitre de Barjols. Vers 1060, il y fit construire une église en l’honneur de Notre-Dame. Dès le XIIIème siècle, la prospérité de la Collégiale apparaît dans les constructions (tympan ; cloître, maintenant détruit) et dans les biens possédés par le chapitre. L’église actuelle résulte d’un agrandissement et d’une réfection importante au XVIème siècle, ce qui témoigne de l’accroissement démographique de la population.

Les Tripettes

Extrait de "Traditions populaires de Provence"
Tome 2 Les fêtes et les croyances,
Claude Seignolle, Maisonneuve & Larose éditeur.

Saint Marcel, qui fut évêque de Die, dans la Drôme, au Ve siècle, mourut à plus de 80 ans en revenant d'une visite au Pape, à Rome. On conserva son corps au Monastère de St-Maurice, à une vingtaine de kilomètres de Barjols.
Avec le temps, le monastère fut déserté par ses moines et tomba en ruines. Seul un fidèle religieux resta pour veiller les restes de l'évêque.
Une nuit, Saint Marcel apparut au gardien solitaire et lui demanda que ses restes fussent transportés dans la collégiale de Barjols. Le solitaire fit part de son songe au chapitre de Barjols qui s'empressa d'accepter l'offre inespérée... Mais le chapitre d'Aups eut, lui aussi, connaissance du miracle. Une querelle naquit : Barjols et Aups revendiquant l'honneur de posséder les saints restes, on décida de faire trancher le litige par le Comte de Provence de passage à Brignoles. Celui ci conseilla aux antagonistes de mesurer la distance qui séparait leurs collégiales du monastère de St-Maurice. Mais pendant que les chanoines d'Aups mesuraient par vallons et collines, les Barjols, sur le conseil de leurs amis de Tavernes, depuis ce jour mémorable appelés les «Avocats», s'emparèrent des reliques du Saint, et, à toutes jambes, regagnèrent Barjols.

Cela se passait le l6 janvier 1350.
Là il faut dire que, tous les 16 janvier, les Barjolais étaient en liesse. Ce jour là, en effet, on sacrifiait un bœuf et on emplissait avec ses débris fumants, et ses tripes, de larges corbeilles qu'en de joyeuses farandoles les jeunes gens transportaient dans la ville. Cette coutume rappelait la joie délirante des Barjolais qui, quelques années auparavant, avaient été sauvés de la famine par un bœuf providentiel. Les porteurs de reliques arrivèrent au moment où l'on dépeçait le bœuf.

Alors on s'embrasse, on se félicite, et tous ensemble, comme des triomphateurs, on se dirige vers la collégiale. Mélangeant le profane et le sacré, les Barjolais; ivres de joie, sautent dans l'église en chantant : San Macéu, Sant Macèu, li tripeto, li tripeto... La fameuse danse des Tripettes était née, la célèbre fête était instituée. Le cortège du Bœuf, son immolation, ses réjouissances s'identifièrent à partir de ce jour au culte de St Marcel qui fut déclaré patron de la Ville...

Depuis ce célèbre 16 janvier 1350, les Barjolais fêtent dignement leur saint Patron. Un évêque de Fréjus a bien essayé de supprimer la procession du Saint dans la ville; la Révolution a, elle aussi, supprimé la fête. Mais par la suite, la tradition a repris le dessus, toujours aussi vivace. Et surtout, ne venez pas dire aux Barjolais que l'histoire de leur fête n'est qu'une légende, ils vous demanderaient de justifier vos calomnies par des preuves irréfutables. Car, ce qui fait la valeur de la fête, c'est l'esprit avec lequel elle est célébrée. L'enthousiasme est délirant, typiquement barjolais. La fameuse danse des Tripettes, c'est la Marseillaise de Barjols. Ah ! il faut voir ce bon peuple barjolais sauter dans l'église archi-comble pour l'occasion: enfants, vieillards, tous dansent, dansent... Les vieux en oublient leurs rhumatismes!...

Comme par le passé, la fête débute le 16 janvier. Au matin, fifres et tambours, mélangeant leurs notes aigus et leurs roulements graves, parcourent la ville; ils font des aubades au Capitaine de Ville, Capitaine de Bravade et aux officiers du Corps de Bravade. La Bravade est telle qu'elle se faisait en 1525.
L'après-midi, le bœuf tout enrubanné, conduit par deux solides Barjolais, escorté des bouchers puis par les Gardians de Camargue avec leurs gracieuses Arlésiennes, montés sur leurs petits chevaux fringants, est promené à travers les rues de la Ville. Sur la place de l'église, le cortège fait une pause. Le clergé s'avance, bénit les armes, le Drapeau, puis, après les saluts rituels du Capitaine et des officiers à St Marcel et à la Bravade qui ponctue par le vacarme assourdissant de ses tromblons, il bénit le bœuf.
Quand la nuit est tombée, tout le peuple se presse vers la Collégiale où sont célébrées les Complies traditionnelles suivies de la Danse des Tripettes, qui essouffle bien plus les musiciens massés sur les marches du maître-autel, que les danseurs qui sautent, sautent, infatigables..

Le 17 janvier a lieu la messe solennelle de St Marcel, au cours de laquelle il est fait une allocution en langue provençale avec ce que cela signifie de fraîcheur, de naïveté et de profondeur.
Pour terminer la cérémonie, la musique, une fois de plus, retentit sous les voûtes anciennes et tout le monde danse.
Ensuite, le buste du Saint dans lequel sont enchâssées les reliques est promené dans toute la ville. Les porteurs le font se trémousser, à la grande joie des Barjolais qui ont la douce illusion de voir sourire leur patron.
Le Bœuf, que l'on a immolé la veille est embroché et transporté sur un char fleuri tiré par de forts chevaux. Et au milieu des détonations des mousquets et de l'allégresse générale on assiste à la mise en broche du Bœuf, sur la grande esplanade de la Rougière. Marmitons et bouchers lardent et salent vigoureusement la bête qui va tourner inexorablement jusqu'au soir, tandis que tout autour les gardians font leurs jeux et les groupes folkloriques leurs danses (On ne broche le bœuf que tous les quatre ou cinq ans).
 
Voici ce qu'en dit, Garcin en 1835, dans son dictionnaire de Provence, t. I, p. 163:
Ainsi que plusieurs autres villes de Provence, Barjols avait des jeux particuliers qu'on célébraient à l'occasion de la fête patronale du lieu. Un bœuf gras figurait à la procession de Saint Marcel. Après il était égorgé. On en faisait rôtir une partie et le reste était mis en daube. Le tout était servi sur une grande table ou chacun avait le droit de s'asseoir. Plus tard. on se contentait d'aller en demander une portion, moyennant le pris de cinq sols. Les entrailles de ce bœuf étaient réservées pour la jeunesse nubile, qui, élégamment costumée, exécutait, à cette occasion, une danse particulière. On assure, même, que chaque couple manquait rarement d'être uni en mariage, dans le courant de l'année

Texte repris par Bérenger Ferraud:
A l'époque où Garcin écrivait, une sorte de pruderie absurde empêchait les écrivains de s'appesantir sur les détails des coutumes locales, qui avaient trait à la religion actuelle. Or, il faut savoir que cette danse appelée: la danso dei tripeto (la danse des petits intestins) avait lieu pendant la procession même et faisait partie intégrante de la cérémonie. D'ailleurs, on dansait à d'autres moment pendant la fête, et notamment au milieu de la messe solennelle de Saint-Marcel.

Le jour de la fête de Saint-Marcel, une messe solennelle est chantée et les fidèles se pressent, en rangs serrés dans l'église. Tout Barjols va à la messe ce jour-là. Or, à un moment donné, les chants sacrés cessent, lorsqu'on entonne le chant dei tripeto, sur l'air de : Madame Grégoire, de Béranger, que toute l'assistance se met à fredonner, puis à chanter:

Nautre leis auren
Lei tripeto, lei tripeto,
Nautre leis auren,
Lei tripeto de Sant Macèu.

Nous les aurons, Les petits intestins, les petits intestins,
Nous les aurons, Les petits intestins de Saint Marcel.

Au moment où le chant dei tripeto commence, les mères élèvent leurs bébés et les agitent pour les faire sauter. Les enfants qui sont auprès de leurs parents sont invités par eux à sauter; et pour mieux les y engager, les parents se mettent à leur tour à remuer en cadence. Le mouvement va crescendo, Si bien qu'à un moment donné, toute l'assistance danse et chante:

lei tripeto de San Macèu.
Dans l'après-midi, la fameuse procession a lieu et la crédulité populaire dit que : plus cette procession dure, plus l'année sera féconde pour les biens de la terre et stérile en malheurs pour les personnes ; de sorte qu'on emploie tous les moyens, tous les subterfuges, même pour retenir cette procession loin de l'église, le plus longtemps possible. Or, de temps en temps, après un cantique pieux, on entonne le chant dei tripeto; et la procession se met à danser en cadence. Il est vrai, que, comme on est au 16 janvier et qu'il fait froid, les dévots se réchauffent à cet exercice.
Quant à ce qui touche la présence du bœuf dans la fête de Barjols, il faut constater qu'elle a été sujette à des variations assez notables. Jadis, le bœuf était acheté par les jeunes gens du pays, réunis en une sorte de Compagnie de la Jeunesse, comme cela existait dans une infinité de pays.
Cette Compagnie était sous les ordres d'un abbé, qui était nommé à l'élection et remplissait les fonctions pendant un an. Ce bœuf figurait à la procession, puis était tué, rôti en grande pompe le jour suivant, qui était celui de la fête de Saint-Antoine et toute la population venait en manger tandis que les jeunes gens avaient fait préparer, pour eux, le gras double de l'animal, lei tripeto, et faisaient bombance, qui, comme le dit Garcin, aboutissait, très généralement, à de nombreux mariages.

Les détails de la Fête de Saint-Marcel.
La légende locale affirme que saint Marcel est venu mourir en Provence, mais les hagiographes disent le contraire. Une variante de cette légende raconte que lorsque les reliques de saint Marcel furent apportées en France, Barjols reçut les intestins du saint pape.
On ne comprend pas facilement que ces intestins eussent pu être recueillis lorsqu'on exhuma le corps du saint pape, après cinq ou huit cents ans de séjour dans la terre du cimetière de Priscille. Il faut, dans tous les cas, noter que la légende locale ajoute que le village de Tavernes essaya de s'approprier ces reliques ; et le souvenir de ce débat est resté assez vivant pour que ceux de Tavernes affirment avoir possédé: lei tripeto de Saint Macéu.
Pour tourner la difficulté que pouvait présenter l'objection d'une relique intestinale, on a dit que c'était le doigt du saint, et non les intestins, qui avait été attribué à Barjols lors de la distribution des reliques. Doigt conservé miraculeusement par l'héroïsme d'une femme, et placé dans le sanctuaire de la Roquette où une lampe merveilleuse a brûlé, jadis, sans jamais avoir besoin d'huile nouvelle. Prodige qui a cessé en 1789, comme tant d'autres. Mais avec cette interrogation: on ne comprend pas pourquoi lei tripeto tiennent tant de place dans la fête de la Saint-Marcel...

 

L'usage du fifre

Qu’en était-il du fifre à Barjols, en particulier à l’occasion de la Fête des Tripettes, à la St Marcel en Janvier ?
En 1950, André FABRE, l’aîné des 5 fils Fabre, y avait joué du fifre, en compagnie des bachas restaurés par son père. Plus tard, deux autres fils de Marius Fabre, Max et Jean François le cadet apportèrent leur collaboration au fifre. Mais Max fut de plus en plus occupé comme Président des Amis de St Marcel. Il fut fait appel alors à l’extérieur ; un musicien nommé RIEU vint de St Maximin puis, plus tard, des fifres de St Tropez, d’autres de la région de Toulon, comme Serge ICARDI.

Le fifre dans la fête

Le fifre est à l’honneur à Barjols pour la Fête patronale de St Marcel, le 16 Janvier. C’est à cette même date en 1350 que les Barjolais ont transporté dans leur église le corps de St Marcel, ancien évêque de Die vénéré au monastère de St Maurice. Ils l’avaient fait sur le bon conseil des habitants de Tavernes qu’ils avaient consultés -depuis lors, on appelle ceux-ci les "Avocats"-, car la Collégiale d’Aups réclamait également l’honneur de conserver ces précieuses reliques. Notons que plus tard, au 16ème siècle, lors d’un siège, le corps fut brûlé ; seul un doigt du Saint fut sauvé. Mais revenons au 14ème siècle. D’après la légende, le groupe pieux, chargé des reliques, était arrivé à Barjols, en même temps qu’une jeunesse turbulente, accourait, en liesse, comme chaque année, à pareille date. Elle venait de dépecer un boeuf dont elle transportait les restes, se réjouissant de la fête qui se préparaît. C’était l’heure où les vénérables chanoines chantaient "Complies". Malgré tout, le cortège entra dans l’église au milieu d’un enthousiasme sans bornes. Danses et réjouissances commencèrent dans l’église. C’est ce que rappelle tous les ans la "Danse des Tripettes" exécutée dans l’église à l’office des Complies, par toute la population, le samedi, puis le lendemain, à la fin de la Grand Messe et pendant la Procession de St Marcel. Cette musique traditionnelle est jouée par l’Harmonie Municipale. Les fifres jouent le samedi avant l’office des Complies (tour de ville), le dimanche, avant la Grand-Messe (aubades) et pendant la procession de St Marcel. Tous les 4 ans a lieu la bénédiction du boeuf, rôti à la broche sur la place publique.

Répertoire musical

A Barjols, on jouait au fifre des airs que les musiciens connaissaient, des airs qui se jouaient notamment à St Tropez, d’où venait souvent le renfort de quelques musiciens pour la St Marcel, ville aussi où Marius Fabre lui-même était venu apporter son concours comme fifre, depuis de nombreuses années. Mais Marius Fabre pensait de plus en plus que la St Marcel méritait d’être honorée par des airs spécifiques à Barjols. C’est sur sa demande qu’un corniste de la Musique des Equipages de la Flotte de Toulon, André GUIGOU, composa des airs destinés à être joués exclusivement à Barjols. Profondément Provençal, le compositeur "a imaginé une Provence des temps lointains, créant des phrases musicales qui reflètent, par leurs sonorités et leurs rythmes, cette époque révolue", ce sont ses propres termes. Ces compositions de 1983 dédiées à Monsieur Marius FABRE et à la Ville de Barjols, pour les Fêtes de la St Marcel, comprennent :
  2 fanfares pour la Proclamation de St Marcel,
  11 airs pour fifres et bachas : Aux champs, le Drapeau, La Charge, Défilé (4 airs), le Rappel, l’Assemblée, les Joies, les Aubades.

On a entendu la première fois ces airs, pour la St Marcel, en 1985 et de même en 1986, avec l’hymne à st Marcel et des airs pour trompettes en bois (facture Marius Fabre) du même compositeur.
C’est ainsi que depuis le milieu des années 80 le fifre traditionnel a pu s’affirmer d’une manière originale dans un espace qui lui est propre à Barjols.

Le sacrifice bovin

Danièle Dossetto idemec – Aix-en-Provence
Maison méditerranéenne des sciences de l’homme
Institut d’ethnologie méditerranéenne et comparative

Qui s’intéresse à cette « Saint-Marcel » (dédiée à l’évêque de Die) est frappé par la bibliographie qui en traite, production étonnamment abondante et pétrie d’argumentations antiquisantes et sacrificielles.
Ressortant parmi des traits plus ou moins généraux, deux données fondent cette réputation :
L’une, annuelle, est la pratique, ouverte à tous, de sauts – ou « tripettes » –, dont la formule canonique est attachée à des services religieux (complies, messes). L’autre connaît un rythme variable : c’est la participation d’un bœuf qui, un an sur trois selon la moyenne actuelle, est intégré à la procession, béni et abreuvé cérémoniellement ; il est ensuite embroché, corps dépouillé et tête intacte, pour une cuisson fictive et un partage aux modalités variées.

La floraison des recherches sur la Saint-Marcel est en fait plus directement liée à la publicité systématique qui, dans les années 1930, lui donne une importance nationale.
Culte de Mithra, fête du Taureau, rite romain conjuguant danse sacrée et sacrifice du Taureau zodiacal… : les éléments de ce débat indiquent assez bien le ton dominant de l’époque.
À cause d’un « autel à taurobole » conservé au musée de Riez, à quelques dizaines de kilomètres de Barjols, on se détermine en faveur d’une filiation entre le culte de Cybèle et les modalités festives signalant la Saint-Marcel. Mais sa conclusion disparaît en regard de celle d’un autre érudit majeur de la Provence traditionaliste, V. Tuby (sculpteur).

Mandaté par l’évêché de Fréjus pour maintenir les coutumes religieuses des paroisses qui en dépendent et dont Barjols fait partie, Tuby a inévitablement eu accès aux Archives du diocèse et, par là, au moins, au débat entre chercheurs et curieux. Quoi qu’il en soit, entre son analyse et le dossier antérieur, les rapports sont nombreux. Décelant, comme tant d’autres, « la fête millénaire du Taureau » dans la Saint-Marcel, Tuby unit deux héritages : le culte de Mithra, introduit  par la côte varoise, et le culte druidique avec le sacrifice à Bel d’un taureau « promené enguirlandé » avant que son sang féconde la terre et que ses viscères inspirent des présages.
A Barjols et à l’évêché, l’exégèse de Tuby provoque un sursaut collectif ; à travers les notes qu’il a laissées, Marcel Provence manifeste son dédain pour cette analyse, en même temps que son humeur.

Après la guerre, dans le cadre d’une société savante varoise, l’étude de la Saint-Marcel repart cependant sur une autre base. Deux pistes nouvelles y sont mises au jour. D’une part, le Roman de la Rose (vers 5053) contient une conjonction entre le mot de « tripes » et une mention à un autre saint Marcel, l’évêque de Paris ; d’autre part, il existe une parenté euphonique entre le nom de Marcel et le vocabulaire latin de la boucherie, si bien que l’orateur (ingénieur) se demande si l’on n’aurait pas « canonisé la profession de boucher ou de tripier (“macellarius”) »
Un archéologue et folkloriste renchérit bientôt : isolant le fragment de « Saint Marcel aux tripes », il le comprend comme le « surnom » (sic) de l’église consacrée à l’évêque de Paris et l’origine du mot de « tripettes » – peut-être par assimilation à l’ancien « tripet » (« danse endiablée »). Cela s’articule  sur la certitude d’un sacrifice.
L’auteur en rajoute : on aurait autrefois abattu le bœuf dans l’église. En 1959 pourtant, un spécialiste de la danse revient en arrière. Il puise plusieurs données dans une importante monographie consacrée à Saint-Marcel-lez-Paris : l’existence, autour des reliques de l’évêque, d’un pèlerinage réputé au Moyen Âge ; le développement, sur le même lieu, d’un bourg industriel très ouvert aux métiers du cuir et aux boucheries ; la répercussion des activités économiques sur la toponymie, dont l’analyse sape l’interprétation de Benoit.
Le Roman de la Rose exprime au contraire que les déchets des abattoirs constituent une source d’approvisionnement pour la population misérable qu’il met en scène à ce moment-là. Le reste de l’étude est pour l’essentiel fédéré par le nom de Marcel.
La tradition du saint fêté à Barjols emprunte à celle de divers homonymes et en particulier à l’évêque de Paris, dompteur d’un bovin échappé des boucheries ; la voie de Paris à Lyon traverse le bourg Saint-Marcel ; bœuf processionnel et danse religieuse, ou tripudium, migrent par là vers la Provence; même en amont, où elle paraît plus solide, l’étude illustre comment des amalgames de toutes sortes se forment autour de la fête de Barjols. Plusieurs points se dégagent d’un premier examen. Non seulement l’association du saint parisien et du bovin ne ressort pas au Moyen Âge, mais il semble qu’il faille attendre 1837 pour que le légendaire de cet évêque fasse enfin place à un taureau [Le Goff, 1977 ; 1970] ; l’existence d’un tripudium pour saint Marcel de Paris n’est pas établie (inventaires divers sur la danse à l’église) ; le terme de « tripes » qui, dans le Roman, jouxte la mention à saint Marcel est difficile à comprendre, car, au Moyen Âge, il existe deux familles de mots voisins en termes d’euphonie, les uns réunis, indépendamment de tout contexte religieux, par la notion de sauts, les autres d’entrailles. Peu importe au demeurant, l’étude de Louis fournit une matière qui sera aspirée dans le courant interprétatif dominant, pour conclure sans plus de précaution qu’il y aurait réminiscence du culte de Mithra à Paris comme à Barjols.
... lire l'article en pdf

Toutes ces informations sont empruntées, compilées et remises en forme par nos soins, sans volonté d'appropriation. Elles sont juste restituées sous un autre éclairage, et dans le soucis constant d'une meilleure compréhension du patrimoine culturel et naturel régional.
 

 
WebAnalytics  
Accueil      Le gîte de Rians      Patrimoine        Infos légales       Plan du site       Liens utiles       Réservation/inscription      Forum 
Les 4 chemins - 11 av. F. Roosevelt - 83560 RIANS - Tél : 04 94 80 56 84 - EMail : info@les4chemins.com