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Patrimoine
Itinéraires culturels
l'Altopiano d'Asiago et Mario Rigoni Stern
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Plan
Histoire de la première guerre mondiale
Mario Rigoni Stern
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"On trouve rarement pareille cohérence entre l'homme qui vit et l'homme qui écrit, pareille densité d'écriture"
Primo Levi
à propos de M.R. Stern
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Bibliographie
Histoire de Tönlo de Mario Rigoni Stern
Filmographie
Les hommes contre de Francesco Rosi (1970)
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Asiago sous la neige (décembre 2008)
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Mario Rigoni Stern
est mort le 17 juin 2008
Dossier sur l'écrivain
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Histoire de la première guerre mondiale
La guerre de 1914-1918 n'a pas été comme beaucoup l'avaient cru en août 1914 une guerre limitée, courte, classique, mais une guerre généralisée, longue, nouvelle, totale, qui a nécessité la mobilisation de toutes les énergies dans les deux camps, et qui est restée pour ceux qui l'ont faite, la Grande Guerre.
On s'est battu avec acharnement sur terre, sur mer, mais aussi et pour la première fois dans les airs.
La guerre terrestre qui a cependant conservé le rôle primordial, s'est déroulée sur 3 puis 4 fronts :
- le front français de la mer du Nord à la frontière suisse sur 800 kilomètres ;
- le front russe à l'Est, en Prusse orientale et en Pologne ;
- le front des Balkans au Sud de l'Europe centrale auquel on peut rattacher les événements du Moyen-orient ;
- et à partir de 1915, le front italien au Nord de l'Italie.
Cette guerre est nouvelle :
- par sa durée ( plus de 4 années ) ;
- par son ampleur, la puissance des moyens engagés ;
- par l'utilisation d'armes nouvelles ( avions, chars, sous-marins ) et de plus en plus meurtrières ( artillerie lourde, crapouillot, gaz, lance-flamme, grenade ).
Première phase : La guerre de mouvement d'août à décembre 1914
Après l'embrasement de l'Europe qui suit l'attentat de Sarajevo le 28 juin 1914, le premier choc de l'été 1914 voit les deux camps tenter vainement d'appliquer les plans élaborés avant guerre ( Plan Von Schleiffen et Plan 17 ). C'est la fin de l'illusion d'une guerre courte et facile. A la fin de 1914, le front se stabilise en France de la mer du Nord à la frontière suisse
Deuxième phase : L'enlisement du conflit 1915 - 1916 - 1917
Les combattants s'enterrent sur place dans les tranchées et se font face pendant trois longues années caractérisées par l'enlisement du conflit, des combats de plus en plus meurtriers et inutiles.
La lassitude, le doute, l'incompréhension :
- entre « ceux du front » ( soldats et officiers subalternes des tranchées ) .
- et « ceux de l'arrière » ( civils, « planqués », « marchands de canons», politiques, officiers supérieurs ) débouchent sur la crise de 1917.
Les mutineries sont davantage l'expression du ras-le-bol, du refus des pertes inutiles et du désespoir de nombreux poilus que la manifestation d'une subversion révolutionnaire organisée.
1915 : Extension du conflit et guerre de position
1916 : Guerre des tranchées, guerre d'usure
1917 : Année de crise, année d'incertitude
Troisième phase : La reprise des grandes offensives en 1918 et la fin du conflit
La reprise de la guerre de mouvement et des grandes offensives, d'abord incertaine dans son issue, s'achève finalement par la victoire des pays de l'Entente qui met fin au conflit.
Les hommes contre
(film italiano-yougoslave produit et réalisé par Francesco Rosi en 1970 sur un épisode du conflit italo-autrichien lors de la Première Guerre mondiale d'après un roman d'Emilio Lussu Un anno sull'Altipiano)
A sa sortie, en Italie, il fut l'objet de polémiques et d'un procès pour "dénigrement de l'Armée" qui se termina par un acquittement.
Synopsis :
Le jeune et idéaliste lieutenant Sassù, parti la fleur au fusil, est mêlé aux carnages d'une guerre de position sous les ordres du général Leone. Les combats se déroulent dans une zone montagneuse près d'Asiago dans la région du Haut-Adige, Italie.
Ce film dénonce les horreurs inutiles pour la prise de la colline de Montefiore sous les ordres d'un général incompétent, les mutineries, les exécutions qui s'en suivent, événements fort comparables aux mutineries de 1917 dans les armées françaises et anglaises.
Contexte historique :
Au début de la Première Guerre mondiale, l'italie reste neutre malgré son appartenance à la Triple-Alliance. Le 3 mai 1915, elle dénonce ce traité mais le débat fait rage quant à l'entrée en guerre. Ce sont finalement les partisans de la guerre, sous l'influence de Gabriele d'Annunzio, qui l'emportent et l'Italie se lance dans la longue série de batailles de l'Isonzo contre l'Autriche. Le but des patriotes italiens est de réunir la région de Trieste pour parfaire l'unité italienne.
Ces batailles, ainsi que celle du Mont Ortigara qui se déroule dans une région très accidentée, vont durer jusqu'en octobre 1917 sans résultat décisif, malgré des centaines de milliers de tués de part et d'autre. Des conditions de survie épouvantables dans les tranchées, l'usage des gaz et des lance-flammes, le déluge de feu et l'image d'impéritie des officiers supérieurs conduiront les soldats de la Brigade Catanzaro à se mutiner à l'été 1917 près de Santa Maria la Longa.
Mario Rigoni Stern
Mario Rigoni Stern (né le 1er novembre 1921 à Asiago, dans la province de Vicence en Vénétie) est un des grands écrivains italiens du XXe siècle. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il combat dans un régiment de chasseurs alpins au sein de la Division Julia en France, en Grèce, en Albanie et en Russie.
Fait prisonnier par les Allemands après la signature de l'armistice avec les Alliés en septembre 1943, il est transféré en Prusse orientale. Il finira par s’évader et parvint à rejoindre Asiago en 1945. Devenu employé du cadastre, il se consacre à l’écriture à partir de 1970.
Montagnard amoureux de sa région d'origine, le plateau d'Asiago dans la province de Vicence en Vénétie, ses œuvres nostalgiques et "habitées" sont pour la plupart traduites en français. Il a reçu en 1999 le prix PEN italien.
Bibliographie :
- Histoire de Tönle (Storia di Tönle) - 1978
- Le Sergent dans la neige (Il sergente nella neve) - 1954
- La Dernière partie de cartes (L’ultima partita a carte) - 1956
- La Chasse aux coqs de bruyère (Il bosco degli urogalli) - 1964
- Retour sur le Don (Ritorno sul Don) - 1973
- L'Année de la victoire (L’anno della vittoria) - 1985
- Arbres en liberté (Arboreto selvatico) - 1991
- Les Saisons de Giacomo (Le stagioni di Giacomo) - 1995
Sentiers sous la neige (Sentieri sotto la neve) - 1998
- Le Livre des animaux
- Le Vin de la vie
- En attendant l'aube
- Lointains hivers (Inverni lontani)
- Entre deux guerres (Tra due guerre ed altre storie)
Hommes, bois et abeilles (Uomini, boschi e api)- 1980
Campagnes de France et d'Albanie, 1940-1941
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Histoire de Tönlo de Mario Rigoni Stern
Dans ce récit écrit sans artifices, Tönle, berger du plateau d’Asiago, à la frontière du royaume d’Italie et de l’Empire austro-hongrois, doit, pour survivre et nourrir sa famille, se faire contrebandier, soldat, mineur en Styrie, colporteur d’estampes jusqu’aux Carpates, jardinier à Prague, gardien de chevaux en Hongrie... Mais pour ce solitaire anarchisant, le monde finit avec la Première Guerre mondiale, quand le plateau se transforme en un champ de bataille où il erre obstinément en compagnie de ses moutons. C’est avec eux qu’il repassera la frontière, prisonnier civil sur ces terres où il fut libre. Il mourra au pied du plateau.
De l’orée du bois, circonspect comme un animal sauvage qui attend la tombée de la nuit pour sortir à découvert, il regardait un hameau, le sien, et là-bas le village dans la trouée des prés. La fumée se répandait odorante dans le ciel rose et violet où les corneilles volaient par groupes, en s’appelant.
Sa maison avait un arbre sur le toit : un cerisier sauvage. Le noyau d’où il était né, un mauvis l’avait expulsé en vol et déposé là-haut il y avait bien longtemps, et les caprices d’un printemps l’avaient fait germer. Un aïeul, en effet, pour protéger la maison de la pluie et de la neige, avait mis une autre couche de chaume sur la couverture, si bien que celle du dessous s’était changée en humus, en vraie terre presque. Ainsi avait grandi le cerisier.
Le Monde diplomatique, juillet 1988
par Jacques Decornoy
Une littérature sans frontière
La culture contre le cadastre
Dans l’Europe en gésine – l’Europe des Douze, mais aussi cette Mitteleuropa que n’a pas assassinée l’histoire contemporaine et, plus loin, l’Europe à la marge de l’Asie – le thème de la frontière a resurgi, qui n’est pas près de disparaître. Et déjà, alors que gabelous et policiers demeurent en fonction, la grande question se dresse de savoir si cette aire culturelle, à la fois unique et plurielle, sera 1’« Europe sans frontière » qu’esquissait François Perroux, ou une forteresse ayant ses souvenirs pour destin.
Thème qui resurgit, donc thème ancien et qui eut bien sûr pour foyer privilégié, dans la vie quotidienne comme dans la littérature, l’empire austro-hongrois. La frontière austro-russe, lieu d’exil, d’échanges marchands d’espionnage, a inspiré quelques-unes des plus belles pages de la Marche de Radetzky, de Joseph Roth. À l’autre extrémité, Stefan Zweig a décrit son passage en 1917 de la frontière austro-suisse, « cette étroite juxtaposition dans l’espace » d’un monde où l’on raflait les hommes pour la guerre et d’un autre où les paysans fumaient leur pipe au soleil. C’est à la frontière aussi – et quelle frontière : Trieste ! – qu’un génie du lieu, Umberto Saba, allait discuter avec un autre géant du verbe, Italo Svevo, qui s’appelait Ettore Schmitz. Non loin de là, dans ce nord des confins en sang, en 1916, un certain Robert Musil sortait de l’enfer des canonnades porteur d’une œuvre cardinale du siècle.
Tout avait donc été écrit, pouvait-on penser. Et voici une des plus belles histoires de la frontière narrée par un auteur au double nom symbolique mariant l’italien – Rigoni – et l’allemand – Stern – et qui, de plus, vit là où fut la ligne de partage entre empire et royaume, sur le plateau d’Asiago où, nous dit le préfacier, il a été employé du cadastre.
Or, dans ce livre, tout est affaire de cadastre, de délimitation, mais aussi de franchissement de la ligne, de violation du tracé par l’homme – le Tönle du roman – qui de contrebandier devient citoyen (illégal) de l’Europe autrichienne avant l’annihilation du plateau frontalier par la guerre. Autre symbole : cette guerre moderne nie la frontière, grâce à ses tirs de canons à longue portée et à l’avion, qui apparaît.
Tönle faisait donc de la contrebande en la dernière partie du XIXe siècle, là où se côtoyaient « les douaniers royaux » italiens et les gendarmes gardant « le territoire de François-Joseph ». La grande politique avait fixé son destin depuis qu’en 1866 le rattachement de la Vénétie (auparavant autrichienne) fit passer la frontière par son village. Mais Tönle ne se contente pas d’abolir les limites nationales : il y a en lui de l’internationaliste, du socialiste. Et son histoire est celle d’une extraordinaire errance. Pour avoir blessé un douanier, il fuit du côté austro-hongrois et le voici mineur, puis colporteur, autre métier sans frontière. Il ira jusqu’aux Carpates vendre ces images, ces chromos dont les pauvres ornent leurs murs. Il sera aussi jardinier à Prague, gardien de chevaux en Hongrie...
Amnistié, bien plus tard, il peut rentrer chez lui légalement – après plusieurs séjours clandestins – alors que claquent les coups de pistolet de Sarajevo. Bientôt l’alpage, pour la première fois depuis des siècles, est hors de portée, la frontière du berger Tönle est devenue ligne de feu. Tönle erre dans une campagne disloquée, avant d’être emmené dans un camp, de revenir une fois encore chez lui, de voir de loin détruire sa maison et de mourir, adossé à un olivier.
Cette superbe histoire s’incarne dans un petit livre qui a toutes les qualités des grands ouvrages, de ceux où tout est dit en peu de mots, mais où chaque mot prend valeur de symbole car produit pur d’une culture de l’essentiel qui rejoint la poésie la plus exigeante. Au pied de l’olivier, Tönle remporte sa dernière victoire sur les frontières : celles qui bornent les cultures, les nations, les époques.
Le Monde, 29 juillet 1988
par Marion Van Renterghem
Un funambule anarchiste
Mario Rigoni Stern pourrait être le petit-fils de son héros, le berger Tönle. Né en 1921, l’écrivain est imprégné de son expérience sur le front russe pendant la seconde guerre mondiale, et il offre avec Tönle un reflet anticipé de lui-même, pendant la première guerre. L’histoire de Tönle est celle d’un déchirement. Berger du plateau d’Asagio, il est partagé entre l’amour de son pays et la nécessité de le quitter pour trouver du travail.
La figure centrale du livre, c’est la frontière. Pour nourrir les siens, Tönle ne cesse de traverser la ligne qui sépare l’Italie de l’Empire austro-hongrois. Tour à tour contrebandier, soldat, mineur, colporteur d’estampes, jardinier, gardien de chevaux, il passe et repasse d’un pays à l’autre, en proie aux hasards d’une vie clandestine.
L’horizon cherché, le point de retour, c’est toujours pour lui son village du plateau d’Asagio, sa famille et tout le passé dont ils sont chargés. Il y revient par instinct, périodiquement, à la façon d’un oiseau migrateur. Tel un funambule, en équilibre fragile sur la frontière, Tönle danse sur le fil étroit qui rattache sa vie présente à ses souvenirs.
Traverser la frontière, c’est aussi franchir les seuils de la nostalgie et de la mémoire, voir défiler son existence. C’est encore transgresser un interdit, aller au-delà de la limite autorisée, s’inscrire en hors-la-loi. La mobilité incessante de Tönle témoigne de sa marginalité anarchiste, et elle révèle une inquiétude. Car l’épopée de cet homme seul, ses croisades dérisoires finiront dans un monde réduit à néant par la guerre de 14-18. Seul avec ses moutons, Tönle contemplera une dernière fois le plateau désolé et repassera la frontière avant de mourir.
Néo-réaliste, proche des premiers romans de Calvino, Mario Rigoni Stern se défend de tout sentimentalisme. D’une froideur insistante, son livre semble vouloir prouver la terrible monotonie des tragédies. Mais, comme Tönle, le lecteur est invité à passer la frontière, à franchir le seuil du récit et à découvrir l’intérieur d’une conscience : l’envers du regard habituel sur les choses.
Quoi Lire magazine, juillet/août 1988
par Dominique Labarrière
Cet étonnant roman de Mario Rigoni Stern nous parle avant tout de l’imbécillité des frontières et d’une vie marquée par la nécessité de les franchir, quel que soit le prix à payer. Un livre à ranger aux côtés de ceux de Joseph Roth.
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Toutes ces informations sont empruntées, compilées et remises en forme par nos soins, sans volonté d'appropriation. Elles sont juste restituées sous un autre éclairage, et dans le soucis constant d'une meilleure compréhension du patrimoine culturel et naturel.
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