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Patrimoine

NAPLES, un royaume ancien et glorieux


 
 
   

 


Carte du Royaume des Deux-Siciles
 
         
 

Voyage à Naples

Naples et la côte amalfitaine (7 jours)

Bibliographie :

Sous le soleil de Naples - JN Schifano (Gallimard)
Naples et la côte amalfitaine (Lonely Planet)

   
                 

Pompei : Un silène offrant à boire à un jeune satyre
 

La Maison d’Hauteville et la constitution du "Royaume"

C’est le "Royaume" par excellence. Son territoire, délinéé dès les premières années de sa constitution sous Roger II d’Hauteville, demeura immuable au cours des siècles, jusqu’à sa chute en 1861. La frontière suivait au nord, une ligne qui partait de Civitella del Tronto, au-dessous de Ascoli Piceno, arrivait à Gaète passant par Leonessa, L’Aquila, au-dessus de Pontecorvo et descendait jusqu’à la Mer Tyrrhénienne; au sud, sa frontière englobait la Mer et la Sicile. Après la chute de l’Empire Romain, les territoires du futur Royaume furent d’une part sous la domination Byzantine (côte méridionale des Pouilles, Calabre, Sicile et Duché de Naples), de l’autre sous la domination Lombarde (le Duché de Bénévent); lors du IX siècle, la Sicile tomba aux mains des musulmans. Au cours des siècles suivants, surtout durant le XI ème siècle, la situation géopolitique du Sud de la péninsule précipita en une triste fragmentation de petits états locaux, alors que les anciennes dominations Byzantines et Lombardes étaient de moins en moins maîtres de la situation. On entra progressivement en une sorte de "guerre de tout le monde contre tout le monde", aggravée par la persistance des incursions sarrasines. Dans de telles circonstances, le Sud de l’Italie s’appauvrit et déclina; faisant place aux Normands, conduits par la hardie famille d’Hauteville, qui profitèrent de l’occasion. Roger III

Déjà aux environs de l’an Mille, étaient arrivés les premiers aventuriers normands, qui se mettaient au service des différents seigneurs en guerre avec leur seigneur rival; cette politique mercenaire fit briller les Hauteville, qui, en 1043, surent ériger en hâte un de leur comté à Melfi. Dès lors, leur expansion politico-militaire fut constante (surtout avec Robert Guiscard, qui conquit les Pouilles et la Calabre), jusqu’à ce que, intervenant dans les guerres pour la Querelle des Investitures, sans scrupules, ils se firent remarquer par les Pontifes tels des seigneurs inféodés des terres méridionales de l’Eglise (en 1091, ils chassèrent les musulmans de la Sicile). Ainsi, en l’an 1130, Roger II d’Hauteville (1101-1154), bien qu’étant son vassal, put se faire proclamer par Pape Anaclet II Roi de Sicile, Pouilles et Calabre, ayant plus tard, domination sur Capoue, Bénévent et Naples. C’était la naissance formelle du Royaume de Naples, baptisé à cette époque: le "Royaume de Sicile".
Succédèrent à Roger II: Guillaume Ier le Mauvais (1154-1166), Guillaume II le Bon (1166-1189), Tancrède (1189-1194), Guillaume III (1194).

Le "Royaume"

La dynastie normande dérogea avec Constance d’Hauteville, épouse de l’Empereur du Saint-Empire Romain Henri VI de Hohenstaufen (le fils de Frédéric Ier Barberousse) et mère de Frédéric II de Souabe, lequel hérita, à la mort de son père en 1197, l’Empire et le Royaume (il était né à Iesi mais élevé à Palerme). Après la mort de Frédéric II en 1250, son fils naturel Manfred devint le lieutenant du Royaume, en tant que régent à la place de son demi-frère Conrad IV, qui mourut prématurément en 1254; Manfred exerça la régence en nom du fils de ce dernier, Conradin de Souabe, mais en l’an 1258, il rompit avec son neveu et se proclama Roi de Sicile, reprenant la politique anti-ecclésiastique de son père. D’abord Urbain VI, puis Clément IV favorisèrent alors la descente en Italie de Charles d’Anjou, frère du Roi de France Louis IX (le Saint), qui affronta et tua le gibelin Manfred, à Bénévent, en 1266. Survint alors Conradin, qui revendiquait des droits dynastiques sur le Royaume; mais, en 1268, Charles l’affronta et le battit à Tagliacozzo, tout d’abord en l’arrêtant, puis en le faisant décapiter sur la Place del Mercato de Naples. Charles put ainsi prendre le titre de Charles Ier d’Anjou Roi de Sicile, initiant la domination d’Anjou – donc capétienne – sur le Royaume. Suite aux conséquences de la Guerre des Vêpres, il perdit la Sicile en 1282 en faveur de Pierre III d’Aragon (l’époux de Constance, la fille de Manfred), qui devint Roi de Sicile (1282-1285). Il y eut dès lors un Royaume de Naples, appartenant aux Anjou, et un Royaume de Sicile, aux Aragon.

Le Royaume de Naples sous les Anjou et les Aragon


Charles Ier d’Anjou Roi de Sicile Les Anjou gardèrent la partie continentale jusqu’à l’an 1442, quand Alphonse d’Aragon fut finalement vainqueur de la guerre contre eux (éclatée par le fait que Jeanne II d’Anjou avait, en un premier temps, titré d’héritier Alphonse, puis, se rétractant, elle nomma un parent éloigné, le français Louis d’Anjou). Il conquit triomphalement Naples, unifiant de nouveau le Royaume. Après Charles Ier régnèrent sur Naples: son fils Charles II (1285-1309), Robert le Sage (1309-1343), Jeanne Ière (1343-1381), Charles III de Durrës (1381-1386), Ladislas de Durrës (1386-1414), Jeanne II de Durrës (1414-1435), Louis III (1435-1438), René (1438-1442).

En 1443, le Royaume de Naples fut conquis par Alphonse V d’Aragon (1443-1458), auquel succéda son fils Ferdinand Ier (1458-1494), le fameux Ferrante, qui ne fut que Roi de Naples (et jamais de Sicile). Lui succéda Alphonse II (1494-1495), temporairement détrôné par Charles VIII de France; mais le Royaume revint aussitôt aux Aragon avec Ferdinand II (1495-1496) et Frédéric (1496-1501), jusqu’à ce que, en 1504, Ferdinand le Catholique (Roi d’Aragon, de Sicile et d’Espagne – grâce à son mariage avec Isabelle de Castille), réunit le Royaume de Naples à celui d’Espagne et de Sicile. Dès lors, le Royaume de Naples (comme celui de Sicile) devient donc, à toutes fins utiles, partie intégrante du Royaume d’Espagne et sera gouverné par un Vice-roi, pendant environ deux siècles.

Le Royaume de Sicile sous les Aragon

Succédèrent à Pierre III (Ier comme Roi de Sicile) en Sicile: Jacques II (1285-1296), Frédéric II (1296-1336), Pierre II (1336-1342), Louis (1342-1355), Frédéric III (1355-1377), Martin Ier (1377-1409), Martin II (1409). En 1412, le Royaume de Sicile fut annexé au Royaume d’Aragon: dont les Souverains furent: Ferdinand Ier (1412-1416), Alphonse le Magnanime (1416-1458), Jean (1458-1479), Ferdinand le Catholique (1479-1516). Sous le règne de Ferdinand le Catholique, époux d’Isabelle de Castille et fondateur avec elle du Royaume d’Espagne, la Sicile devint seul élément avec le Royaume de Naples, du Royaume d’Espagne.

La Vice-royauté

De 1504 à 1713, le Royaume de Naples est uni de fait au Royaume d’Espagne. Comme il est notoire, à la mort de Ferdinand le Catholique, Charles Ier d’Habsbourg ,devint Roi d’Espagne et, en 1519, il fut également titré Empereur du Saint Empire Romain, sous le nom de Charles V. Il fut cependant Roi de Naples et Sicile, à toutes fins utiles. Son fils Philippe II (1556-1598) lui succéda comme Roi d’Espagne; furent ensuite Rois d’Espagne (et donc de Naples et Sicile qui, nous le rappelons, étaient gouvernés directement par des Vice-rois de nomination royale): Philippe III (1598-1621), Philippe IV (1621-1665), Charles II (1665-1700). Charles II d’Habsbourg d’Espagne mourut sans laisser d’héritiers et nomma Philippe d’Anjou, le petit-fils de Louis XIV, son successeur, le préférant à Charles d’Habsbourg d’Autriche; celui-ci prit le titre de Philippe V de Bourbon, Roi d’Espagne; provoquant la Guerre de Succession Espagnole (1700-1713), vaincue par Philippe V, qui dut céder les Royaumes de Naples et Sicile aux Habsbourg, afin de s’assurer la reconnaissance internationale de ses droits sur le Trône de Madrid. Ainsi, dès 1713, la "Vice-royauté" fut de nouveau sous la domination des Habsbourg, même s’il s’agit cette fois des Habsbourg d’Autriche, devenant partie intégrante du Saint Empire Romain et qui eut comme souverain, l’Empereur Charles VI. D’autre part, entre 1714 et 1720, la Sicile fut donnée au Roi Victor-Amédée de Savoie, mais elle revint plus tard aux Habsbourg.

Les Bourbons des Deux-Siciles, les restaurateurs du Royaume

Suite à certains évènements historiques que nous décrirons en détail dans la rubrique dédiée à Charles de Bourbon (Roi de Naples et Sicile de 1734 à 1759), ce dernier, fils de Philippe V d’Espagne et d’Elisabeth Farnèse, s’empara, en 1734, des Couronnes de Naples et Sicile, restaurant, à toutes fins utiles un royaume uni et souverain. Sous la dynastie des Bourbons de Naples et Sicile, et après deux siècles de dépendance politique, le "Royaume" devint de nouveau une nation libre. Les rubriques de la section historique de ce site, suivant celle-ci, décrivent brièvement mais exactement comment Charles et ses descendants surent gouverner, réformer et rénover leur royaume, gagnant cet amour des sujets que jamais aucune dynastie ne connut au cours des siècles (si non d’une façon mineure) et qui se manifesta ouvertement lors des années de l’invasion napoléonienne et durant celles successives à la chute du Royaume entre les mains des Savoie. Les successeurs de Charles de Bourbon furent: Ferdinand IV (1759-1825), à partir de 1814 Ferdinand Ier des Deux-Siciles; François Ier (1825-1830), Ferdinand II (1830-1859), François II qui, en 1860, perdit le Royaume conquis par Victor-Emmanuel II de Savoie. Par telle conquête, le Royaume des Deux-Siciles cette d’exister en tant que Royaume souverain et indépendant.

Naples et les Bourbon

Charles de Bourbon Restaurateur de Naples


Un Royaume décisif (1734-1759)

Charles de Bourbon

Il est usuel de considérer Charles comme le premier Roi de Naples de la dynastie bourbonienne et, en effet, il est assurément le grand restaurateur du Royaume. Cependant, le premier souverain de la dynastie, qui régna dans le Sud de l’Italie, fut son père Philippe V, quand il monta sur le Trône de Madrid, en 1700. Durant les évènements de la longue Guerre de Succession Espagnole, il arriva que, tout en étant le vainqueur de la guerre et donc le souverain effectif de l’Espagne, Philippe perdit en 1707 la vice-royauté de Naples et de Sicile en faveur des Habsbourg d’Autriche, qui la garderont jusqu’en 1734, lorsque Charles de Bourbon, le fils de Philippe V et de sa deuxième femme Elisabeth Farnèse, s’empara, grâce à l’appui diplomatique de sa mère, de la vice-royauté de Naples, où il régna à toutes fins utiles, sous le nom de Charles Roi de Naples, rétablissant l’autonomie du Royaume de Naples, qu’il rendit ainsi une nation indépendante et souveraine.
L’historien Angelantonio Spagnoletti écrit à ce sujet: «Quand en 1734 Charles de Bourbon, fils de Philippe V roi d’Espagne et d’Elisabeth Farnèse, parvint à s’implanter à Naples, évinçant les autrichiens qui la gouvernait depuis 1707, il fut immédiatement clair à tout le monde, que cette conquête ne préludait aucunement à une reprise de la domination espagnole sur l’Italie du Sud. En effet, tout en maintenant – surtout lors des premières années – des liens solides avec la Cour de Madrid, celle qui s’imposa à cette époque fut une entité politique indépendante qui, en tant que telle, fut reconnue par le traité de paix de Vienne de 1738 (…)
Après plus de deux siècles de sujétion à des puissances étrangères (d’abord l’Espagne, puis l’Autriche, durant presque vingt-sept ans), un nouvel état se présentait au panorama politique italien» .
Premier-né du second lit, Charles naquit le 20 janvier 1716. Il était déjà prétendant de naissance du côté de sa mère – le père d’Elisabeth Farnèse était le fils d’une Médicis – à une principauté en Italie, comprenant le Duché de Parme et Plaisance et, éventuellement, les dominations des Médicis, en cas d’extinction (comme on le laissait pressentir) de la branche directe. Surmontant une longue série d’obstacles et faisant preuve d’une grande habileté, en 1732, Elisabeth réussit à garantir le Duché à son fils sous la tutelle de sa grand-mère, la veuve Duchesse de Parme; entre temps, l’année précédente, Charles s’était déclaré "grand Prince héréditaire" du Grand-duché de Toscane, étant désormais certaine l’extinction de la Maison de Médicis, et Jean - Gaston, le dernier Grand-duc encore vivant, en fut nommé le cotuteur. L’histoire de Charles changea par suite du début de la Guerre de Succession Polonaise, car Elisabeth mit son fils à la tête d’une armée en Italie et l’envoya à la conquête du Royaume de Naples, qui était en la possession des Habsbourg depuis 1707.
Le 20 janvier 1734, Charles se déclare majeur – et donc hors de la tutelle – et commence sa marche de Florence vers Naples. De Monterotondo, il lançait aux napolitains une proclamation de Philippe V, qui éclairait les raisons d’une telle expédition: le 10 mai il entrait triomphalement à Naples. Cinq jours plus tard, arrivait de Madrid l’acte de Philippe V, par lequel il cédait à son fils tout droit royal sur le Royaume conquis. Fort d’un tel assentiment, Charles battit définitivement les Autrichiens à Bitonto, conquit la Sicile et le 2 janvier 1735, il assuma le titre de Roi sans aucun numéro: au mois de juillet, il fut couronné Roi de Sicile à Palerme et fit retour à Naples le 12 du même mois. Nous nous trouvons cependant en une phase de sa vie, où le jeune souverain est encore influencé par la politique de ses augustes et puissants parents, qui, en 1737, lui choisirent comme épouse la fille du Roi de Pologne Marie Amélie.
La fin de la Guerre de Succession Polonaise en 1738, entraîna, contre son gré, la conquête des Duchés farnésiens et de la Toscane des Habsbourg (le Grand-duché passa définitivement à la Famille de Habsbourg –Lorraine), tandis que, par la Paix d’Aix-la-Chapelle en 1748, le Duché de Parme et Plaisance fut confié au frère cadet de Charles, Philippe, qui initia la Maison de Bourbon-Parme. Charles gouverne à Naples avec un Conseil d’Etat, constitué de ministres choisis par ses parents et, donc, influencés par Madrid (retenons la figure du comte de Santostefano, aidée par le marquis de Montealegre, par Tanucci et par Brancaccio).

En 1742, durant la Guerre de Succession d’Autriche, Charles apporta son aide aux franco-espagnols (toutes les branches de la Maison de Bourbon étaient alliées) envoyant un corps d’armée en Lombardie, mais une flotte anglaise apparut dans le Golf de Naples, menaçant de bombarder la ville; Charles décida alors de retirer le corps, déchaînant la colère de Paris et Madrid. Il sut se racheter en 1744, quand il battit une armée autrichienne à Velletri, mettant fin à tout jamais aux prétentions des Habsbourg sur Naples et parvenant à se dégager de fait de la tutelle de Madrid.
Par cette victoire, Charles devint vraiment le Roi de Naples, et le Royaume fut à toutes fins utiles indépendant. Ceci fut plus clair en 1746, avec la mort de Philippe V d’Espagne et la mise à l’écart d’Elisabeth: Charles renvoya Montealegre et le substitua par Fogliani. Valsecchi commente ainsi: «Le règne de Charles avait été, jusqu’alors, une monarchie hispano-italienne: dès ce moment, elle se passait de devenir une monarchie italienne».
Dès ce moment, Charles devient en effet le vrai "Roi de Naples", vivant en parfait accord avec son peuple et leurs besoins. Avec le temps, il surmonta l’influence des ministres, devenant un grand souverain et, après avoir centralisé le pouvoir entre ses mains, le seul artisan de sa politique: «Squillace et Tanucci, qui occupaient les postes les plus importants, étaient ses créatures; et, quoique jouissant de toute sa confiance, ils étaient confinés dans leurs attributions et soumis à sa surveillance» .
Après cinq filles, Marie-Amélie donna à Charles le premier garçon, qui était malheureusement infirme mental, mais par la suite, arrivèrent quatre autres garçons (Charles-Antoine, Ferdinand, Gabriel et François-Xavier), la succession était ainsi assurée.
Le problème était cependant posé par les menaces de caractère "dynastique", qui opprimaient le Royaume.
Charles était destiné à succéder à son demi-frère sur le Trône d’Espagne, vu que ce dernier était sans héritiers mâles, mais les grandes puissances avaient établi, par les Traités d’Aranjuez et de Vienne, que le Royaume passe à Philippe de Bourbon, le Duc de Parme et Plaisance, et les deux Duchés, respectivement à l’Autriche et aux Savoie. Pour ceindre la Couronne de Madrid, Charles risquait ainsi de perdre le royaume qu’il s’était conquis. Le Roi Charles signe la Pragmatique Sanction de 1759
Il travailla toujours de façon à ne pas produire celle qu’il appelait une "équivoque": et, favorisé par des situations internationales, il y parvint. Quand, en 1759, Ferdinand VI mourut, il le succéda au Trône de Madrid sous le nom de Charles III et renonça aux Couronnes de Naples et Sicile (ceci était dicté par les droits héréditaires bourboniens; Charles, devenu Roi d’Espagne, ratifia cette décision, promulguant la Pragmatique Sanction du 6 octobre 1759, par laquelle il établissait définitivement le processus de division des Deux Maisons Royales), en faveur de son troisième fils Ferdinand, âgé de seulement huit ans (Charles-Antoine, son deuxième fils, en tant qu’héritier, au Trône le suivit en Espagne).
La régence fut confiée à huit ministres, parmi lesquels Tanucci, Premier Ministre et Ministre des Affaires Etrangères, mais toujours sous le contrôle de Charles, qui était en Espagne. «après 230 ans d’asservissement à l’étranger, Naples lui devait la plupart de ses profits : l’indépendance et tous ses fruits», comme l’écrit Michelangelo Schipa dans l’"Enciclopedia Italiana" (alinéa).
Les dernières années de sa vie à Naples seront assombries par la discorde avec son fils et, en particulier, avec sa femme, Marie-Caroline, fille de l’Impératrice Marie-Thérèse d’Habsbourg, résolue à briser l’influence espagnole à la Cour. Mais son œuvre restera indélébile dans l’histoire napolitaine. Il mourut en 1788.
Comme l’a écrit Spagnoletti, le mérite principal de Charles reste, en effet, celui d’avoir recréé la "nation napolitaine", la rendant un Royaume indépendant et souverain. Bien qu’aujourd’hui, les plus récentes et importantes études remettent en valeur la politique menée par les Habsbourg, lors des siècles précédents (voir les ouvrages de Elias de Tejada), il est indéniable que le gouvernement napolitain, ses souverains et ses ministres ne commencèrent à penser et à agir dans le seul intérêt du Royaume de Naples et de ses habitants, que sous le Règne de Charles. Faisant le bilan de son règne à Naples, l’historien Giuseppe Coniglio écrit ainsi: «La veille de son départ en Espagne, Charles (…) avait établi tout ce qui était possible de prévoir et avait obtenu l’approbation des grandes puissances (…) ses enfants et son frère auraient régné en paix et transmis le Trône à leurs héritiers ; le corps diplomatique se révéla efficace et apte à faire face plus que jamais aux évènements ardus et orageux, surmontant des périodes extrêmement difficiles, aussi bien en Espagne qu’en Italie» .
Du reste, l’historien très connu Franco Valsecchi écrit: «L’avènement du roi Charles signifiait, pour les napolitains, bien plus qu’un changement de dynastie. C’était, avec le nouveau roi, la restauration de l’ancien royaume, après des siècles de domination étrangère (…) Les gouvernements qui s’étaient succédés lors des trente premières années du siècle, étaient des gouvernements étrangers, détournés par des inquiétudes inconnues et lointaines. Le nouveau roi venait lui aussi de l’étranger, mais pas comme dominateur. Les espoirs des napolitains s’éveillaient: "grâce à Dieu, nous ne sommes plus des provinciaux". Ce fut à la nouvelle dynastie nationale que revint le devoir de se faire l’interprète de la nouvelle réalité et de ses exigences». Avec la nouvelle dynastie, les napolitains se sentirent engagés et unis, comme ils le démontreront amplement, dès 1799, par les soulèvements et le sanfédisme: soit la résistance populaire active contre l’envahisseur napoléonien.

L’homme et son œuvre
Schipa, en son article susmentionné de l’"Enciclopedia Italiana", décrit ainsi les qualités de l’homme: «parcimonie, religiosité, esprit équilibré, ponctualité, pureté des mœurs, amour pour la magnificence des arts (…) Irréprochable dans ses qualités personnelles. En tant que souverain il aima ses peuples, voulut leur bien…». Bien que très religieux, il ne fut pas un souverain assujetti aux directives de la Papauté, même s’il n’abandonna jamais «son respect de fils fidèle à l’Eglise. Tout ce qui n’entrait pas dans le cadre de la foi traditionnelle lui déplaisait» : de là, sur demande de Benoît XIV, sa ferme résolution de condamner et persécuter la Franc-maçonnerie. Il fut très dur contre le luxe excessif du haut clergé et contre les jésuites, surtout lors de son gouvernement en Espagne, où il activa l’éclatante expulsion de la Compagnie de Jésus, dont les biens furent employés pour la construction de séminaires et pour des œuvres culturelles. Homme irréprochable, il fut un mari dévoué: son seul délassement était la chasse. Il eut toujours pour but le bien de ses populations (comme il ressort de la lecture des lignes suivantes, il se prodigua au maximum en faveur des indigents) et ceci le poussa à commencer – surtout dans le Royaume de Naples – cette politique de réformes administratives, sociales et religieuses qui a rendu célèbre la Maison de Bourbon des Deux-Siciles.
Michelangelo Schipa et certains historiens lui reprochent de ne pas avoir mener à terme les réformes commencées, qui furent accomplies, par contre, par ses successeurs. Il faut cependant tenir compte que Charles eut avant tout le mérite de les entreprendre, traçant l’empreinte du gouvernement à ses héritiers au Trône, puis qu’ à un moment donné, il dut quitter Naples pour l’Espagne. Schipa admet en effet que, sous son gouvernement, après des décennies de décadences, l’Espagne eut une nouvelle renaissance. Voici les activités principales, qu’il réalisa ou entreprit; les dresser sous l’aspect du bâtiment servira à se faire une idée précise de l’ampleur des initiatives et des intérêts du Souverain envers son peuple. Tournoi chevaleresque devant le Palais Royale de Caserte (Salvatore Fergola)
Commençant par le secteur du bâtiment civil, qui fut très soigné par le Monarque, afin de souligner l’honneur de la dynastie, à travers le faste et la beauté des constructions royales, il faut rappeler avant tout la restauration du Palais Royal de Naples, la construction de l’extraordinaire Palais Royal de Caserte (tel digne arrière-petit-fils de Louis XIV), le deuxième palais au monde pour sa grandeur et sa beauté; ensuite le Palais de Portici, la magnifique obélisque de St Domenico à Naples, le Théâtre San Carlo, réalisé en 270 jours, la Casina de Persano, le Palais Royal et le bois de Capodimonte, la rue de la Marinella et du Chiatamone, le quai et le port, la place del Mercatello, le quartier de Pizzofalcone, l’obélisque de la Concezione al Gesù Nuovo, le quartier de Cavalleria Maddalena, la restauration des ports de Salerne, Tarente et Molfetta, le port de Girgenti, plusieurs routes, etc.

Dans le secteur du bâtiment militaire: le Fort de Granatello, les quartiers militaires de Aversa, Nola et Nocera, la restauration de plusieurs forteresses et la construction de nouvelles, la création de l’armée nationale et de la flotte, la plus importante en Italie et la première parmi celles de second ordre en Europe, la construction d’usines d’objets militaires qui émancipèrent le Royaume du monopole étranger. Carlo Valli – Vue de l’Hôtel des Pauvres
Dans le secteur du bâtiment sacré et charitable (le Roi fut toujours très sensible aux besoins des pauvres), il faut rappeler: la Retraite des Demoiselles pauvres de l’Immacolata Concezione, l’ Œuvre de Vêtir ceux qui étaient nus, le Collège des Scuole Pie à Palerme, l’Immacolatella, le grand Hôtel des Pauvres à Palerme, le monastère des Carmélites déchaussées à Chiaja et à Pontecorvo, les deux hôtels grandioses pour les Pauvres du Royaume, un à Porto Nolano, l’autre à S. Antonio Abate, la Retraite de S. Maria Maddalena pour les femmes repenties, le monastère des Carmélites à Capoue, la restauration de l’Eglise incendiée de l’Annunziata à Naples, etc.
Dans le secteur culturel, le magnifique siège de l’université, les fouilles de Pompéi et d’Herculanum, l’Académie d’Herculanum, la Fabrique de’ Musaici, l’institution de nouvelles académies et chaires dans le Royaume, la Bibliothèque Royale, devenue par la suite la grande Bibliothèque Nationale et le Musée Nationale. Puis il appela à la Cour G.B. Vico comme l’historiographe du Royaume.

Entre les initiatives commerciales et afin de sauver la condition économique très difficile du Royaume, Charles fonda la Commission de Commerce, entama des négociations avec les turcs, les suédois, les français et les hollandais, il établit une compagnie d’assurances et prit des mesures pour la défense de la richesse en forêts, tenta d’exploiter les ressources minières, même si plus tard l’initiative il fut interrompue, faute de fonds, et d’autres initiatives également ne produirent pas les effets voulus, au moins pas tout de suite. Le Palais Royal de Capodimonte (du "service de l’oie" porcelaines de Capodimonte)
L’initiative artistique-commerciale la plus célèbre est sans doute celle des porcelaines de Capodimonte. Au-delà des prix très élevés, Valsecchi la décrit ainsi: «Ce fut une création splendide, qui traduisit l’image de la vie napolitaine, par un sens artistique et une heureuse ingéniosité», aussi bien celle cossue, que celle populaire.
Il fonda en outre des consulats et des monts-frumentaires, il promulgua des lois pour favoriser l’accroissement de l’agriculture et de l’élevage des moutons.
En 1741, il fit un concordat avec Rome, par lequel il commença à taxer certaines propriétés du clergé, puis il révisa le système fiscal; améliora le chaos législatif lançant, même s’il ne fut pas appliqué à la lettre, un nouveau code en 1752et il s’intéressa également au système judiciaire, mais sans entraîner l’organisation sociale séculaire de l’Etat.
En 1759, Charles partit à Madrid pour monter sur le Trône d’Espagne, laissant à son fils un véritable Royaume, un Royaume nouveau, un Royaume acheminé à la réforme, aux progrès civil et culturel, un royaume aimé par ses sujets. Et celle-ci est la plus grande richesse que ses descendants hériteront de lui.




 

Pompei

Pompéi constitue un document capital sur ce que pouvait être une cité romaine de l'époque impériale. Construite sur un éperon de lave descendue du Vésuve en direction de la plaine, près de la mer et du fleuve Sarno, elle occupa une position stratégique qui permettait de contrôler l'escale maritime et toute la côte.
Fondée au 6ème siècle av J-C, cette cité subit au 5ème siècle avant J.C., l'influence hellénistique et fut florissante jusqu'au début du 1er siècle de notre ère. La ville devint alors un séjour apprécié de l'aristocratie romaine. Lors de l'éruption du Vésuve, Pompéi comptait 25 000 habitants.
Les nombreuses boutiques et ateliers, que les fouilles archéologiques ont mis au jour, la largeur des rues et les ornières creusées par les chars permettent d'imaginer l'activité qui devait y régner.
En 62 après J-C, un tremblement de terre avait vigoureusement endommagé la ville et les travaux de restauration n'étaient pas terminés quand se déclencha la terrible éruption du 24 août 79 qui détruisit aussi Herculanum et Stabies. En deux jours, Pompéi fut ensevelie sous une couche de cendres atteignant 6 à 7 m d'épaisseur.
Le calme s'installa sur la ville pendant dix sept siècles et ce n'est qu'au XVIII siècle que débutèrent des fouilles systématiques. La ville actuelle est située à l'est du site archéologique et compte sensiblement le même nombre d'habitants. L'ancienne Pompéi fait vivre la cité nouvelle grâce au tourisme qui lui procure 70 % de ses ressources.




L'Eruption

Le 24 août 79 après J.C, vers dix heures, le Vésuve se réveille après plus de mille ans de sommeil... Une éruption qui dévaste la ville de Pompéi et de Herculanum tout près de Naples! Le phénomène débute par une immense explosion du cratère, avec le jet du bouchon de lave. Ensuite se forme la colonne éruptive : haute de plus de vingt kilomètres, elle est constituée de cendres, de gaz et de pierres ponces et de forme dite "en champignon" ou "en pin parasol".
Les matériaux éruptifs jaillissent du cratère et amenés par un fort vent de sud-ouest, Pompéi est directement attaquée par une pluie de lapilli et de fragments de pierre et cela presque sans arrêt jusqu'au lendemain matin. L'accumulation des pierres ponces provoque la chute des toits et fait énormément de victimes. Les incendies se déclarent... tout devient enfer...
Et le lendemain 25 août, vers 7 h 30, une énorme pluie de gaz et de cendres, appelée "nuée ardente", s'abat de nouveau sur Pompéi. Les effets sont dévastateurs : deux mille personnes meurent brûlées, soit environ 15 % de la population.
D'autres pluies destructrices s'abattent! Prenant la forme et le volume d'une coulée de matériaux éruptifs, provoquant la destruction des parties hautes des édifices, enveloppant les victimes des autres "nuées ardentes", elles envelissent Pompéi et ses environs ! Quelques jours après l'éruption, Pompéi et l'ensemble de la vallée du Sarno apparaissent complètement métamorphosés : une énorme couche blanche recouvre les lieux.

La cité est recouverte d'une couche volcanique de près de 6 m d'épaisseur... La plus célèbre victime de ce cataclysme est Pline l'Ancien, un grand scientifique et amiral de la flotte romaine. Il meurt asphyxié sur une plage proche de Stabia.
De nombreuses victimes de l'éruption du Vésuve, qui a ravagé les villes de Pompéi et de Herculanum en l'an 79 de notre ère, n'ont pas été asphyxiées mais tuées instantanément par une violente vague de chaleur et de poussière, selon des archéologues italiens. La posture des ossements découverts a révèle l'absence quasi-totale de gestes de protections ou de signes d'agonie. Tout s'est produit en une fraction de seconde au contact de la chaleur, juste avant qu'un amas de cendre ne vienne, par couches successives, statufier les victimes.




Les fouilles
En 1592, pendant les travaux de bonification de la vallée du Sarno, l'architecte romain Domenico Fontana tomba sur des inscriptions latines et sur quelques peintures murales. Il les trouva pendant qu'il était chargé par un particulier de creuser une galerie pour amener les eaux du fleuve dans les propriétés. Il était tombé sur une cité antique.
La vraie première fouille archéologique commença, cent cinquante ans plus tard, en 1748, à l'instigation de l'abbé Martorelli, sous le règne de Charles III de Bourbon, qui pensa être sur les traces de l'antique Stabiae.
Deux ans après, en 1750, débutèrent les fouilles de l'antique Herculanum, rendues plus difficiles par la suite de la grande dureté du matériau éruptif. On tomba sur une villa très riche, appelée des PISONII, et également dite la villa des papyrus, à cause du grand nombre de rouleaux de la bibliothèque grecque qui y furent trouvés.
En 1754, les fouilles furent reprises également dans la colline de la CIVITA et ce n'est qu'en 1703 que la découverte d'une inscription faisant état d'une respublica pompeinorum donna la confirmation que l'on se trouvait sur l'emplacement de Pompéi et non de Stabiae.
Durant la première moitié du 19ème siècle, on mit au jour la plupart des édifices publics et privés, dont la Basilique, l'amphithéâtre et les murs d'enceinte. En 1860, Giuseppe Fiorelli fut désigné directeur des fouilles et commenca l'ère des fouilles méticuleuses et modernes: ne pas s'attaquer aux fouilles d'un nouveau site avant d'en avoir terminé avec le précedent! Fiorelli divisa la ville en régions et quartiers en établissant un plan de déblaiement systématique des débris de l'antique cité (près de 66 ha et une enceinte de plus de 3 km). C'est lui aussi qui imagina de reconstituer les corps humains, les corps d'animaux, les objets en bois... en versant du plâtre liquide dans les cavités solidifiées autour d'eux lors de l'éruption.
On procéda aux fouilles des thermes centraux, du lupanar, de la maison des Noces d'Argent et d'autres édifices importants vers la fin du 19ème siècle. Ensuite, en 1893, Guilio De Petra prit la direction des fouilles de Pompéi. C'est à lui qu'on lui doit le déchiffrage des tabulae ceratae avec les comptes de caisse du banquier L. Caecillius Jocondus. Pendant cette période, des maisons furent mises au jour dont la Villa de Lucretius Fronton, la Villa des Vetii et la Villa des Mystères. En 1910, la Maison de l'Ara Massima, la Maison des Amours dorés et les Tombes d'Esquilia et de l'édile Vestorius Priscus furent mises au jour par Ettore Pais et par Antonio Sogliani.
Vittorio Spinazzola donna la priorité aux fouilles du réseau routier et des façades routiers et des façades des habitations, reliant les parties déjà découvertes de la cité à la zone de l'amphithéâtre pour restituer à la science une vision globale de l'urbanistique pompéienne.Sans être obligé, il fit une exploration rapide des maisons, des routes et de monuments. Il mit au jour : la Maison du cryptoportique, les Maisons des Cei, de Trebius Valentius et de Loreius Tiburtinus. Amedeo Maiuri continua l'exploration de la Villa des Mystères et explora de nombreux édifices, surtout au long de la rue de l'Abondance. Les recherches furent effectuées sous certains secteurs de l'enceinte et, surtout sous le Temple Dorique et sous le Temple D'Apollon. Alfonso De Franciscis entreprit des fouilles de la Villa de Poppée, riche en peintures murales d'une extraordinaire beauté.
En 1978, Fausto Zevi découvrit de nombreux objets, surtout en bronze, parmi lesquels un cratère, avec, en relief, des scènes mythologiques et une statue lampadéphore d'Apollon, certainement une des plus importantes sculptures récemment découvertes à Pompéi.

Actuellement, fouilles et restaurations continuent et les découvertes incessantes nous donnent une connaissance approfondie de la ville, de l'art et de la vie quotidienne de ses habitants. Depuis peu, la construction d'une nouvelle autoroute près de Sarno a mis à jour la Villea des Casti Amanti, en fait un véritable complexe de meulerie et de boulangerie. Ce nom provient du fait que pas très loin se situe une maison où plusieurs fresques sont particulièrement osées! Sous le niveau actuel de la nappe d'eau, grâce à un système de pompage et d'assèchement, on découvre un hôtel de luxe dont les fresques sont minutieusement découpées afin de reconstruire l'ensemble dans un lieu sec. Les techniques actuelles de fouilles concernent l'archéologue mais aussi le paléonthologue, le biologiste, le chimiste et le physicien: les recherches ne sont plus la découverte d'objets isolés mais la compréhension dans son ensemble de ce que devait être la vie à Pompéi.
Il effectua aussi l'état des restaurations effectuées entre le tremblement de terre de 62 après J.C et l'éruption de 79 après J.C.


Le récit de Pline Le Jeune
Des informations assez détaillées sur l'éruption nous sont parvenues grâce à deux lettres que Pline le Jeune, âgé de 17 ans lors de la catastrophe, a écrites à son ami, l'historien Tacite. Celui-ci avait demandé des détails sur la mort de son ami, Pline l'Ancien, survenue lors de l'éruption " afin d'en transmettre fidèlement le récit à la postérité ".
Ce témoignage écrit est le premier document historique concernant un volcan. Du fait que Pline le Jeune en a livré une description quasi scientifique, ce type d'éruption est désormais qualifiée de 'plinienne'. Le jeune Pline n'assista donc pas directement à la catastrophe mais observa les phénomènes depuis le Cap Misène, à l'extrémité nord de la Baie de Naples, où il résidait avec son père adoptif.

Pline décrit les phénomènes géologiques comme suit :
" La nuée s'élançait dans l'air, sans qu'on pût distinguer à une si grande distance de quelle montagne elle sortait. L'événement fit connaître ensuite que c'était du Mont Vésuve. Sa forme approchait de celle d'un arbre et particulièrement d'un pin : car s'élevant vers le ciel comme sur un tronc immense, sa tête s'étendait en rameaux […] Il paraissait tantôt blanc, tantôt sale ettacheté, selon qu'il était chargé de cendre ou de terre. "

Pline évoque aussi ce qui se passe près du volcan :
" une cendre plus épaisse, plus chaude ", " des éclats de rochers, brûlés et calcinés par le feu " […] " et les éruptions du volcan obstruaient le rivage. " Les habitants essaient de s'échapper par la mer mais doivent attendre " un vent moins contraire " et une mer plus favorable " car abaissée tout à coup, elle n'avait plus de profondeur " ." De plusieurs endroits du Mont Vésuve, on voyait briller de larges flammes et un vaste embrasement dont les ténèbres augmentaient l'éclat " […] " des maisons de campagne abandonnées au feu " […] ou " ébranlées par les effroyables tremblements de terre ". Le lendemain matin il " régnait toujours la nuit la plus sombre et la plus épaisse, sillonnée cependant par des lueurs et des feux de toute espèce ".[…] " Les flammes et une odeur de soufre " font fuir les gens. Mais la mer est " toujours orageuse et contraire " et ne permet pas de prendre le large. À Misène, à une trentaine de kilomètres, les habitants commencent aussi à fuir en tout sens, car les maisons s'écroulent et " la mer semblait refoulée sur elle-même et comme chassée du rivage par l'ébranlement de la terre ".[…] " De l'autre côté (de la baie), une nuée noire et horrible déchirée par des tourbillons de feu, laissait échapper de ses flancs entr'ouverts de longues traînées de flammes semblables à d'énormes éclairs ", […] " la nue s'abaisse sur la terre et couvre les flots " […] " la cendre commençait à tomber sur nous […] et j'aperçois derrière nous une épaisse fumée qui nous suit en se répandant sur la terre comme un torrent " […] " les ténèbres s'épaississent encore " […] " la pluie de cendres recommença plus forte et plus épaisse "[…] " des monceaux de cendres couvraient tous les objets, comme d'un manteau de neige ".
... A ce moment, de la cendre, mais encore peu serrée ; je me retourne : une traînée noire et épaisse s'avançait sur nous par derrière, semblable à un torrent qui aurait coulé sur le sol à notre suite... A peine étions-nous assis et voici la nuit, comme on l'a, non point en l'absence de la lune et par temps nuageux, mais bien dans une chambre fermée, toute lumière éteinte. On entendait les gémissements des femmes, les vagissements des bébés, les cris des hommes ; les uns cherchaient de la voix leur père et leur mère, les autres leurs enfants, les autres leurs femmes, tâchaient de les reconnaître à la voix. Certains déploraient leur malheur à eux, d'autres celui des leurs. Ils y en avaient qui, par frayeur de la mort, appelaient la mort. Beaucoup élevaient les mains vers les dieux ; d'autres, plus nombreux, prétendaient que déjà il n'existait plus de dieux, que cette nuit serait éternelle et la dernière du monde. Enfin la traînée noire dont j'ai parlé s'éclaircit et s'évanouit à la manière d'une fumée ou d'un brouillard ; puis brilla le vrai jour, même le soleil, mais avec la teinte jaunâtre qu'il a lors des éclipses. Aux regards encore mal assurés, les objets s'offraient sous un nouvel aspect, couverts d'une cendre épaisse comme d'une couche de neige.



 
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