Occitanies - Patrimoine Provence - La Voie Domitienne
 
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La voie domitienne


 
 
 

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archeolyon : bornes antiques
itinéraires romaines en Provence

 

 

Les voies romaines en France Méditerranéenne

Avec les voies romaines dans le Sud de la France en Languedoc-Roussillon, Provence-Alpes-Côte d’Azur et en Corse on aborde un patrimoine très particulier, riche à certains endroits, peu spectaculaire à d’autres

Son état de conservation et de repérage est inégal, souvent dû à sa situation géographique : dans les grandes plaines du littoral méditerranéen du Languedoc-Roussillon le tracé de la voie romaine est bien lisible dans le paysage et le cadastre. Dans les parties de montagne comme en Haute Provence, la géologie et le climat rendaient les voies à la fois plus complexes et plus fragiles – le temps, l’érosion naturelle et le climat font que la restitution des tracés antiques est plus difficile .

Les documents antiques sont alors d’un précieux recours : en Corse par exemple l’Itinéraire d’Antonin rappelle l’axe routier le plus fréquenté de Corse avec ses grandes étapes. La Table de Peuttinger ou bien les Gobelets de Vicarello en font de même avec la Via Domitia.

 

 
         
 

Bibliographie

LA VIA DOMITIA DES PYRENEES AUX ALPES - CLEMENT
Pierre-Albert - Editions Ouest-France, Collection "Itinéraires de découvertes", 2005

   
                 

 

 

Plan

La Via Domitia
Histoire
Des Alpes au Rhône
Itinéraire

LA VIA DOMITIA

Ce programme est une invitation au voyage…

Un voyage sur l’une des plus anciennes voies romaines de Gaule : la Voie Domitienne, que les Romains appelaient via Domitia du nom de son " inventeur ", le général Cneius Domitius Ahenobarbus – quel drôle de nom, diraient nos élèves...

Cette longue route, de plus de 500 kilomètres,
traversait la province romaine de Narbonnaise entre les Alpes et les Pyrénées.
En Provence, elle arrivait du Col de Montgenèvre, dans les Alpes et allait jusqu’en Arles, d’où elle continuait vers Nîmes et le Languedoc.
Elle traversait donc notre région, devenue bien plus tard la Haute-Provence, y laissant à la fois des vestiges des aménagements routiers – chaussées, bornes, gués, ponts – et des traces dans notre civilisation :
une langue (le latin), des chiffres (romains), des façons de boire et de manger, et bien d’autres choses encore.

Entre Tarascon sur le Rhône et Turin sur le Pô, la voie domitienne franchissait les Alpes occidentales au col du Mont-Genèvre, historiquement le plus commode et le plus fréquenté de tous les cols transalpins. Sur le versant français, elle y accédait par le sillon durancien, qu’elle rejoignait à Sisteron, et était ensuite jalonnée de plusieurs agglomérations montagnardes : Gap, Chorges, Embrun et Briançon.

 

 

Histoire

Créée au moment de la conquête du Midi de la Gaule, à partir de 120 av. J.-C., par le consul Cneus Domitius Ahenobarbus, la via Domitia, du nom de son fondateur, devait réunir l’Italie aux provinces d’Espagne. C’est en fait la plus ancienne route construite en France. Suivant en partie d’anciens itinéraires de l’Antiquité, cette voie franchissait les Alpes au col du Mont-Genèvre, gagnait le delta du Rhône, traversait les plaines du Languedoc et du Roussillon et passait les Pyrénées au col de Panissars près du Perthus. Elle était jalonnée par les cités de Briançon, Gap, Sisteron, Apt, Cavaillon, Nîmes, Béziers, Narbonne et Ruscino/Château-Roussillon.
Route interprovinciale, construite et entretenue aux frais de l’Etat romain, relevant du domaine public, la voie Domitienne fut un axe très fréquenté par les armées, les fonctionnaires, les commerçants et les marchands, les voyageurs, les pèlerins pendant tout l’Empire et le demeura encore au Moyen Âge.



La construction des voies antiques

Les Romains ont fait preuve, pour tous leurs travaux de génie civil et de constructions, de connaissances et de techniques très élaborées. L’implantation des cadastres ruraux et le tracé des voies étaient réalisés, sur ordre de l’administration, par des arpenteurs, à l’aide d’instruments de visée très performants (groma, dioptra, chorobate).
La route elle-même, formée en plaine de longs tronçons rectilignes, était améliorée par des passages en remblai ou en déblai. Elle était véritablement construite par apport de matériaux disposés en couches superposées selon des règles précises.
Dans les passages difficiles, en montagne en particulier, la chaussée pouvait être, par endroit, taillée dans le roc ; sur les tronçons où elle était en surplomb, elle était maintenue par des murs de soutènement bâtis. En rase campagne c’était une voie de terre, qui n’était dallée qu’en certains passages privilégiés (en ville, gués...) et dont les ornières, quand elles sont visibles, ne sont que la conséquence d’un roulage intensif.
Encadrés par l’administration provinciale et par l’armée, les chantiers routiers mettaient en œuvre des équipes nombreuses et diversifiées, de l’ingénieur et de l’architecte au terrassier, avec sans doute des réquisitions d’indigènes.


Les bornes milliaires

Pour faciliter l’information des voyageurs, la route antique était jalonnée de grandes bornes de pierre (1 à 3 m de hauteur), implantées théoriquement tous les milles (1 480 m). Elles indiquaient la distance par rapport à certaines villes importantes de l’itinéraire et portaient le nom et les titres de l’empereur sous le règne duquel elles avaient été mises en place. Ce bornage correspondait généralement à de grands travaux de construction, de restauration ou de maintenance de la chaussée : ainsi, pour la voie Domitienne, on conserve des bornes au nom d’Auguste (3 av. J.-C.), de Tibère (32 ap. J.-C.), de Claude (41 ap. J.-C.), d’Antonin le Pieux (144 ap. J.-C.), etc. Aucune borne toutefois n’a été retrouvée sur le tronçon de cette voie entre Apt et le Mont-Genèvre.


Les itinéraires antiques

Un certain nombre de documents écrits, remontant à l’Antiquité, indiquent les itinéraires principaux qui irriguaient toutes les provinces de l’Empire. Ces itinéraires de voyages donnaient les noms des gîtes d’étapes et des relais - villes, villages ou hameaux - et souvent les distances en milles séparant ces étapes. La seule carte connue du monde romain est la carte de Peutinger, copie du Moyen Âge sur parchemin d’une carte dont l’original remonterait au Haut Empire. Un réseau relativement dense de voies secondaires ou vicinales reliait entre eux les vici ou bourgades.


Nature du trafic

Essentiellement militaire au moment de sa création, la voie Domitienne est rapidement devenue une voie publique, une des plus grandes routes de l’Empire Romain, et aussi une des plus fréquentées. Le cursus publicus, service des Postes de l’administration romaine, créé par Auguste en 27 av. J.-C. et qui se maintiendra jusqu’à la fin de l’Antiquité, en est l’utilisateur prioritaire. On y trouve aussi établis, en certains points stratégiques, les agents du service des douanes (portorium) et, souvent au niveau des ponts et des bacs, des péages ; ou encore les services de l’annone, réseau de greniers publics pour le ravitaillement des troupes.

Sur cette chaussée très appréciée par tous, on se déplaçait à pied, à cheval ou en voiture. Des voitures à chevaux rapides, tel le cisium, sorte de cabriolet léger monté sur deux roues, avec un siège et un seul cheval attelé, ou le carpentum, char à deux roues, couvert par une capote et tiré par quatre chevaux. Les marchandises pondéreuses étaient acheminées par chariots à quatre roues - du type raeda ou plaustrum - tractés par des chevaux, des mulets ou des boeufs, attelés par quatre, six ou huit. Ces véhicules sont essentiellement connus par des représentations sur des bas-reliefs triomphaux ou funéraires.


Les stations routières

Le long de la voie, des gîtes d’étapes (mansiones) étaient aménagés, tous les 30 km environ (parcours moyen en une journée), à partir de bourgades indigènes préexistantes à sa construction ou dans le cadre de créations nouvelles ; dans les intervalles, tous les 15 km environ, étaient établis des relais (mutationes), pour le changement d’attelage et le repos des hommes. Du Rhône aux Alpes, toutes ces stations routières sont désormais bien localisées, mais aucune n’a été sérieusement explorée.


Les ouvrages d’art

Sur une route aussi importante que la voie Domitienne, les ouvrages d’art - ponts et gués - étaient beaucoup plus nombreux qu’on ne le croit : en fait, chaque traversée de cours d’eau, même modestes, était aménagée de manière à en faciliter le passage ; en l’absence de pont, par un bac.
Les ponts pouvaient être en pierre - en grand appareil sous le Haut Empire (le pont Julien près d’Apt) ou en petit appareil au IIe s. (le pont de Ganagobie) - mais aussi en bois, en montagne en particulier. Beaucoup ont été détruits au cours des siècles par des crues. Les ruisseaux plus modestes étaient franchis par des gués construits (tel celui du Reculon à Saint-Michel-l’Observatoire).


La voie Domitienne au Moyen Age

La voie antique suivant le sillon durancien et transitant par le col du Mont-Genèvre a été encore très utilisée au Moyen Âge par les ecclésiastiques, les marchands, les soldats, sans oublier bien entendu les riverains.
C’est enfin un grand chemin de pèlerinage pour se rendre d’Espagne et de France méridionale à Rome (d’où son nom, dans l’usage provençal moderne, de camin roumieu, encore vivace sur certains tronçons), mais aussi pour aller d’Italie à Saint-Jacques de Compostelle et à Saint-Martin de Tours. Un certain nombre d’hospitalités et d’établissements religieux - pouvant servir de lieux d’accueil pour les pèlerins - jalonnent de ce fait cet itinéraire.

Des Alpes au Rhône

D’Ernaginum/ Saint Gabriel (près de Tarascon) à Cabellio/ Cavaillon, la voie domitienne suivait le pied septentrional du massif des Alpilles, en passant par Glanum/ Saint-Rémy-de-Provence. Au nord de Cavaillon, après avoir traversé le Calavon, elle se dirigeait vers la tour de Sabran selon un tracé rectiligne correspondant à l’une des bases de la centuriation de la Colonia Cabellio : elle se dirigeait ensuite plein est vers Apta/ Apt avec une étape frontalière de cités à Ad Fines, à situer dans le secteur de Maricamp à Goult ; dans la plaine située au nord de Bonnieux, à l’entrée des défilés de Roquefure, elle franchissait le Calavon sur un splendide pont antique à trois arches, en grand appareil, d’époque augustéenne, dont le surnom de Pont Julien lui vient sans doute du nom de la cité voisine Apta Julia.

Entre les cités d’Apt et de Sisteron, qui étaient de fait, pour les voyageurs, des gîtes d’étapes (mansiones), la route était jalonnée de deux stations routières : Alaunium, bien localisée au passage du Lauzon, à Notre-Dame des Anges dans la plaine de Lurs, qui était également une mansio (distante d’Apt de 41,500 km et de Sisteron de 35,000 km) et Catuaicia, qu’il faut sans doute situer près du Calavon, à Céreste (distante d’Apt de 17,800 km et d’Alaunium de 23,700km), qui n’était qu’un simple relais (mutatio).
Au nord de Sisteron, cette grande route, moins connue car plus dégradée par les alluvions, suivait la rive droite de la Durance, dont elle ne s’éloignait que pour desservir le carrefour naturel de Gap. Elle était jalonnée par trois cités, qui n’étaient en fait, dans l’Antiquité, que des bourgs de faible ampleur : Vapincum/ Gap, Eburodunum/ Embrun et Brigantio/ Briançon, et par des agglomérations secondaires intermédiaires plus modestes encore : Alabons/ Le Monêtier-Allemont, Ictodorus (2 km ouest de La Bâtie Neuve), Caturigomagus/ Chorges et Rama/ Chapelle de Rame (commune de Champcella). Enfin, au col du Mont-Genèvre – le plus bas des Alpes occidentales (1 854m) – se trouvait une importante station (Summae Alpes) qui était en même temps un sanctuaire routier très fréquenté.
Les bornes milliaires trouvées sur ce parcours sont peu nombreuses, perdues ou dégradées : on en connaît toutefois deux, l’une au Plan d’Orgon, l’autre à Apt, datées de 3 av. J.-C., date à laquelle de très importants travaux ont été réalisés sur l’ensemble de la voie domitienne ; comme aussi plus tard sous Antonin le Pieux (144/145), époque à laquelle fut, semble-t-il, construit le pont de Ganagobie, et vers 280, à l’époque de l’empereur Probus (milliaire de Goult).
Au plan technique, c’était une route dont la construction a dû constituer un immense chantier, exigeant la mise en œuvre de techniques de génie civil très sophistiquées. C’était une voie comportant une chaussée de 5 à 6 m de large, dont le revêtement devait se présenter comme nos traditionnels chemins de terre et qui était équipée d’ouvrages d’art pour le franchissement des cours d’eau (ponts Julien, de Céreste et de Ganagobie).

Toutes ces informations sont empruntées, compilées et remises en forme par nos soins, sans volonté d'appropriation. Elles sont juste restituées sous un autre éclairage, et dans le soucis constant d'une meilleure compréhension du patrimoine culturel et naturel régional.




 
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